La santé c’est important, tout le monde le sait, mais le fait que tout le monde veut être en bonne santé pourrait’-il occasionner une surconsommation (aléa moral) des soins de santé. Les systèmes québécois et canadien sont des systèmes où la gratuité et l’accès à tous sont des valeurs fondamentales, mais également légales. Voir l’article sur la loi sur la santé canadienne : Le « health act ». Posons quelques6 questions sur le système de santé canadien et tentons de répondre à ces dernières de manière économique. Il est important de mentionner qu’actuellement cette loi n’a pas été votée et que les règles qui la régissent ne sont pas encore établies. Un autre article visant à rectifier les allégations sera donc publié dès que plus d’informations seront disponibles.
Qu’est-ce qu’une franchise et un ticket modérateur ou opérateur? En fait, le système de tarification qui serait implanté si cette loi passait réellement ne ressemblerait ni à une franchise ou à un ticket modérateur, car une franchise et un ticket modérateur doivent être payés au moment de la consommation des soins. C’est pourquoi le gouvernement a appelé ce tarif un ticket opérateur. La principale différence est que la valeur du ticket opérateur serait ajoutée à la déclaration de revenu des contribuables qui ont consommé des soins de santé. Ainsi, ce tarif agit comme une franchise à retardement.
Quels sont les effets sur la consommation de soins de santé? Comme discuté dans l’article sur l’élasticité de la demande, la consommation de soin de santé et principalement en première ligne est peu influencée par les prix étant donné que ces soins sont souvent nécessaires ou vitaux par exemple à l’urgence. Certaines personnes surconsomment peut-être des visites aux médecins généralistes, mais ce type de surconsommation n’est certainement pas la norme.
La surconsommation réelle est t’elle probable dans notre système? Il y a trois principaux types de systèmes économiques en santé comme dans plusieurs autres secteurs économiques d’ailleurs. Il y a les systèmes centralisés (dirigé par l’état) comme au Québec, les systèmes décentralisés comme aux États-Unis et les systèmes mixtes comme en France qui sont un hybride entre les deux. Les systèmes centralisés utilisent la gestion de l’offre et de la demande pour limiter la surconsommation. C’est-à-dire que pour voir un spécialiste il faut avoir une approbation, il y a des listes d’attente considérable pour plusieurs traitements, prendre un rendez-vous peut-être difficile et de longues attentes dans les urgences. D’un autre côté, les médecins doivent remplir des paperasses tatillonnes pour qu’un patient puisse obtenir des soins et doivent respecter des limites par patients, des heures préalouées et des ressources particulièrement limitées. Ainsi, le principal coût que les patients sont à même de payer dans le système canadien est le coût en temps et on peut dire que les Québécois sont particulièrement malchanceux sur cet aspect. Les coûts en temps sont si grands que la plupart des gens évitent l’hôpital comme la peste par instinct. Les systèmes décentralisés, eux font faces à une clientèle qui à déjà payé une prime et qui surconsomme naturellement due à l’effet d’assurance. D’un autre côté, ces gens s’apprêtent à payer directement leurs soins de santé et demanderons donc plus d’attention, plus de service et exigerons une attente très courte ou inexistante. Ainsi, le système centralisé est généré pour limiter l’aléa moral. Je ne dis pas que ce système est parfait, mais qu’ajouter une incitation économique à ne pas consommer des soins de santé n’est pas le principal coût que les gens doivent payer lorsqu’ils vont chez le médecin.
Quel est le principal problème de ce tarif? Le principal problème de cette politique est le risque d’assurance. Soyons très intuitifs ici et démontrons notre idée. Une personne très malade et souffrante à des problèmes qui dépassent largement le petit bobo qui peut attendre avant d’être guéri. Ces gens très malades ne peuvent pas travailler et ne peuvent donc pas avoir un revenu suffisant pour payer la franchise. Dans leur cas, on parle de gens qui visitent l’Hôpital et le médecin plusieurs dizaines de fois par années. Ces mêmes personnes subiront donc une diminution de la couverture publique, car ce tarif va diminuer leur accès à des soins.
Si le gouvernement met en place un système qui protège ces individus, n’y a-t-il plus de problèmes? Un autre problème est celui de la prévention. Plusieurs études en économie de la santé et dans d’autres domaines prouvent que la prévention est généralement le soin de santé le plus rentable de tous. Si l’on prévient une maladie grave, on évite des coûts d’hospitalisation immense ainsi que des traitements longs, douloureux et onéreux. Pour un économiste de la santé, la prévention c’est le futur et on devrait investir plus dans ce type de traitement pour augmenter la qualité-coût des soins de santé au Canada. Cette politique est antiprévention. Étant donné que la prévention est difficile à faire avaler par un individu qui se croit en pleine santé, il sera encore plus difficile de convaincre quelqu’un d’y aller s’il doit payer en plus. Sur cet aspect, cette mesure est totalement contre-productive. Une étude récente affirmait que de faire une mammographie à toutes les femmes qui arrivait à 55 ans revenait au net après avoir pris en compte tous les coûts du test préventif et les coûts épargnés par la détection préventive de cancer à -100$. Ainsi, pour chaque mammographie que le système exécutait, il recevait en fait 100$ comme un cadeau du ciel. On parle trop souvent de coût dans le système de santé, mais il manque une vision plus économique soit de coût-efficacité et de long terme.
Y a-t-il des effets pervers autres que ceux mentionnés pour une franchise et une taxe à la santé annuelle? L’effet d’assurance peut venir affecter la dispense de soins de santé dans le système centralisé. Par exemple, maintenant que les gens paient à l’urgence, ils vont demander des soins plus rapides et plus efficaces. Ils pourraient également être offusqués de rester dans le corridor après avoir déboursé le prix d’entrée. En ce qui a trait aux consultations de médecins généralistes, les patients pourraient demander à passer plus de temps qu’a l’habitude avec le médecin et ainsi d’obtenir plus de conseils, limitant ainsi la possibilité qu’a le médecin de prendre plus de temps avec les patients qui ont plus de besoins.
Quel est le but réel de ce tarif? Le but réel de ce tarif est de faire contribuer chaque québécois au financement du système de santé. Ce tarif va peut-être diminuer la surconsommation de quelques personnes, mais du même coup limiter la consommation qui est la plus nécessaire soit celle des gens très malades. Elle va nécessairement amener des recettes au gouvernement, mais on parle d’environ un milliard, soit une très petite somme par rapport au coût total. Je crois qu’il est parfaitement justifiable de vouloir faire contribuer tous les Québécois à notre système, par contre il faudrait éviter de taxer les gens les plus malades. De plus, même si ces gens sont exclus de la politique, l’effet d’assurance et la diminution de la prévention seraient très dommageables pour notre système de santé.
Finalement,
|
Je crois personnellement qu’il serait plus efficace de renforcer les incitatifs économiques des médecins à prescrire des traitements coût efficient plutôt que de tenter d’inciter économiquement le patient à ne pas surconsommer. Saviez-vous qu’il n’y a aucun système au Québec qui permet au médecin de savoir quel traitement est le plus coût efficient soit le traitement avec la plus grande qualité prix en fonction de la condition du patient? En fait, le système de santé au Québec commence à peine à analyser les coûts de chaque traitement. Je crois que c’est en productivité et en augmentation de la qualité-coût que le système de santé québécois pourra réellement voir la lumière au bout du tunnel.
Gabriel Tremblay, économiste de la santé
Voir l’article sur la taxe en santé (contribution générale en santé)
Voir l’article sur le « Health act »
Voir l’article sur la surconsommation (aléa moral)
Voir l’article sur l’élasticité de la demande



























