Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Série sur la diminution des coûts en santé : Les infirmières cliniciennes / praticiennes

L’utilisation des infirmières cliniciennes et praticiennes dans le système constituerait, selon moi, l’un des plus grands potentiels d’économies pour le système de santé.  

La situation est simple. Les médecins sont payés à l’acte. Ils doivent donc maximiser le nombre d’actes pour maximiser leur revenu. D’un autre côté, pour maximiser le nombre d’actes, ils doivent minimiser le temps passé avec chaque patient. Par définition, un nouveau patient doit être écouté, diagnostiqué et traité. Souvent ce processus ne prend qu’une seule ou deux rencontres, mais ces rencontres seront beaucoup plus longues que la moyenne, car il faut comprendre la maladie et éviter les erreurs. Le médecin devra donc trouver une manière de suivre un certain nombre de patients chroniques pour s’assurer une rémunération constante et éviter les longues étapes qu’un nouveau patient nécessite. Une fois son pipeline de patients rempli, il ne pourra suivre que très peu de nouveaux patients ou de patients sans rendez-vous. Selon moi, ce phénomène explique pourquoi les Québécois n’ont pas tous de médecins de famille.

Il faudrait redéfinir le rôle des médecins pour que les interventions qu’ils font soient réellement ajustées à leur niveau de spécialisation, soit le plus haut niveau du système de santé. Pour se faire, il faut réévaluer la méthode de paiement des médecins. Il faut également s’assurer que les autres professionnels de la santé peuvent faire leur juste part.

Les cliniques d’infirmières praticiennes et cliniciennes présentent dans plusieurs provinces et pays auraient un effet important sur le système de santé en soulageant les médecins des interventions de suivi et le traitement de plusieurs maladies chroniques. Les infirmières étant payées par année, elle passe beaucoup plus de temps avec les patients et peuvent ainsi s’occuper de l’ensemble de la santé du patient et de sa situation complète.

Le médecin doit être utilisé pour les diagnostics et les traitements les plus complexes. Je serais très étonné que les médecins, en général, n’aiment pas soigner les patients les plus malades. Ces spécialistes sont dans les plus éduqués et informés de l’économie et doivent nécessairement aimer les défis et les cas complexes. Le problème est que leur rémunération ne leur permet pas de passer beaucoup de temps sur les cas intéressants médicalement puisqu’ils ne seraient pas en mesure de maximiser leur revenu. Je ne dis pas que les médecins ne font que maximiser leur revenu, mais plutôt que ce facteur entre dans leur décision de quantité de patients complexe vs les patients plus facile à suivre.

Une solution serait donc d’utiliser les infirmières universitaires (praticiennes et cliniciennes) le plus possible pour libérer le système de santé et permettre aux médecins de s’occuper des cas les plus difficiles et les plus urgents tout en obtenant une rémunération à leur hauteur. Les infirmières pourraient être utilisées dans des cliniques, d’infirmières, dans les urgences, dans les GMF et dans les cliniques sans rendez-vous. Je pense que cette seule solution, implanter à grande échelle et en gardant un souci de performance, pourrait régler une grande partie des problèmes de santé au Québec tels que l’engorgement des urgences, le manque de médecins de famille, l’impossibilité (ou presque) d’aller dans une clinique sans rendez-vous.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé


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