Publié par : Gabriel Tremblay | 18 février 2010

Théorie économique : La surconsommation (aléa moral)

Sans utiliser de graphique ou de mathématiques, la surconsommation reste facile à définir dans la théorie économique. Le principe est plutôt simple. Lorsque le prix réel des biens, soit le coût de production, une rente raisonnable (profit) et le prix des externalités sont internalisés, il ne peut pas exister de surconsommation, car les consommateurs et les entreprises paient le prix réel de la valeur des ressources qu’ils utilisent. Ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils sacrifient lorsqu’ils achètent ce bien, soit leur coût d’opportunité. Par contre, lorsque le prix réel n’est pas payé, soit qu’il est subventionné ou que des externalités négatives ne sont pas internalisées comme la pollution, une surconsommation peut exister. Ainsi, lorsque les consommateurs ne captent pas tout l’incitatif des prix, car ce dernier est incomplet, des distorsions peuvent apparaitre dans les choix des agents économiques. Ce phénomène est appelé aléa moral en science économique.

Voir l’article sur l’internalisation des externalités

L’aléa moral est très présent dans le secteur économique de la santé. Les assurances médicaments privées ou publiques sont de bons exemples. Dans ce marché, les consommateurs ne paient qu’une faible partie du prix total ce qui les incite à surconsommer. Les assureurs privés favorisent la consommation de produits génériques en demandant un copaiement inférieur lorsque les individus consomment des produits génériques ce qui limite partiellement la surconsommation. Étant donné la bioéquivalence des produits de marque et des produits génériques, la consommation de produits de marque dans un marché où des génériques existent pourrait être considérée comme une surconsommation. Les assureurs publics dans ce marché ne travaillent pas sur les incitatifs par les prix, mais plutôt sur la gestion de l’offre. Cette gestion passe par des formulaires restrictifs, une gestion serrée des budgets et des critères très spécifiques nécessaires pour recevoir des produits pharmaceutiques.

La surconsommation est également présente dans le reste du système de santé soit les hôpitaux, les cliniques et autres services. Aux États-Unis, le système est privé pour une grande partie de la population. Les gens paient pour leurs assurances et désirent obtenir des services à la hauteur de ce qu’ils paient. Certaines restrictions d’utilisation existent, mais ne sont pas très appréciées des Américains qui n’y sont pas habitués. Ainsi, leur système fonction avec différents plans qui ont des prix en fonction des services offerts. L’existence d’une franchise, de montants maximums et de copaiements faits également partis du système.

Au cours des dernières années, les « managed care » on prit exemple sur le système canadien en effectuant une gestion de l’offre. Ce type de gestion n’est pas apprécié, mais elle est nécessaire pour diminuer l’aléa moral et stopper l’augmentation des dépenses en santé aux États-Unis qui dépasse maintenant les 12% du PIB. Au Canada, les soins sont gratuits. La surconsommation est donc à la porte de ce système qui fournit des soins sans aucun prix associé. Par contre, ce système utilise une gestion de l’offre très importante. Par exemple, l’existence de liste d’attente ou la difficulté d’obtenir des rendez-vous est une partie intégrante de ce système pour éviter la surconsommation. Plusieurs pourraient être choqués face à une telle idée, mais il est important de mentionner que même si la liste d’attente est un moyen de gestion de l’offre, la longueur de cette même liste n’est pas obligée d’être éternelle. Ce type de gestion de l’offre devrait est utilisé pour des interventions qui soignent des maladies non mortelles. Ainsi, l’utilisation de la liste d’attente pour les traitements du cancer. Il existe également les « gatekeeper » soit le fait qu’il faut passer par un médecin généraliste avant de voir un spécialiste. Plusieurs autres techniques de gestion de l’offre et de la demande seront discutées dans un article subséquent.

La surconsommation est donc bien présente dans notre système centralisé comme elle l’est dans les systèmes décentralisés. C’est dans la manière de gérer l’aléa moral que les systèmes sont en mesure de contrôler les coûts et la surconsommation. Il est donc pertinent de ce questionner sur l’instauration de certain frais, minimes soient ils, à l’admission aux cliniques, hôpitaux et autres institutions. Par contre, le « Canadian health act » interdit les provinces de demander un frais à l’admission, ce qui limite le débat au niveau théorique.

Il existe également différents types d’aléa moral, voir l’article sur “les types d’aléa moral”

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé


Réponses

  1. [...] Si tous les services privés étaient gratuits et illimités, il faudrait des moyens de limiter la surconsommation (aléa moral) et le système public a utilisé la gestion de l’offre et de la demande pour limiter les coûts [...]

  2. [...] l’article « Théorie économique: La surconsommation (Aléa moral) » pour un article complet sur l’aléa [...]

  3. [...] le sait, mais le fait que tout le monde veut être en bonne santé pourrait’-il occasionner une surconsommation (aléa moral) des soins de santé. Les systèmes québécois et canadien sont des systèmes où la gratuité et [...]


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