Récemment, le nouveau fond de partenariat pour un Québec innovant et en santé vient de lancer un premier appel d’offre. Par le fait même, les gestionnaires ont émis un guide de production des applications incluant les critères de sélection et d’admissibilité.

Ce nouveau fond, à mon avis, fait partie d’une vague de changement de la gestion des fonds de recherche en santé, mais également de manière générale pour la gestion des fonds publics. Parmi les particularités de ce fond, on perçoit rapidement l’intention des gestionnaires de réserver l’impact économique au Québec/Canada pour maximiser l’impact économique local. De plus, l’utilisation des connaissances locales tout en allant chercher des chercheurs internationaux pour maximiser l’impact de la recherche sont particulièrement soulignés dans le guide. Jusque l’a rien de nouveau, sauf un accroissement de l’insistance.1255060_26084162

Un des aspects fortement innovant est l’emphase constante sur la commercialisation des produits de la recherche. Il est reconnus, du moins localement, qu’au Canada/Québec, nous produisons de l’excellente recherche, mais avons de la difficulté à transposer vers le stade de la commercialisation, pour de multiples raisons. Cette emphase sur la commercialisation dès le début du financement public tente de répondre à cette problématique. Des organismes de commercialisation, tel que le CEPMED et IRICoR font partie de la solution et sont placé au cœur de la recherche dans ces nouveaux modèles.

Un autre aspect fort intéressant est l’affichage très clair d’un biais positif en faveur des projets qui auront un fort impact économique pour le système de santé, un impact socio-économique et une grande valeur pour la société. Ainsi, la seule originalité ou découverte médicale n’est plus le but ultime, mais bien la transformation de cette découverte en innovation et son utilisation dans le système de santé.

L’impact économique sur le système de santé peut-être mesuré par l’utilisation de modèles qui prédissent l’impact sur les coûts de santé au Québec ou au Canada (effet direct). L’impact socio-économique doit être mesuré par le nombre d’emplois créés ou maintenus, mais également les gains en productivité découlant d’une plus grande santé populationnelle (effet indirect). La démonstration de la valeur d’un produit ou service en santé se fait de manière traditionnelle en démontrant l’impact sur la santé des populations, le fardeau de la maladie, les « clinical outcomes » et les « unmet needs ». Entre autre, la démonstration de la valeur sert à répondre a la question : Quel sont les besoins actuellement non répondus par le cheminement de soin? Plusieurs autres sujets doivent être analysés dans ce type d’analyse, mais il faudrait tout un article pour aller plus loin.

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Ainsi, ce nouveau fond est un tour de force car nous devons maintenant démontrer la valeur pour la société et l’état avant d’être financer pour que cette information permette l’aide à la décision. On peut dire que c’est une première étape vers l’utilisation de l’économie de la santé et de la démonstration de la valeur pour prendre de meilleures décisions dans le système de santé québécois, et j’en suis très heureux. Cette importance accrue portée sur les impacts socio-économiques et sur la valeur pour les systèmes de santé avait par ailleurs été utilisée lors du concours de Génome Canada sur la médecine personnalisée, il y a environ un an. Espérons maintenant que les chercheurs feront appel à des experts pour les aider à démontrer leur Valeur pour la société et le system de santé.

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

www.gt-he.com/fr

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 8 avril 2013

Consultant en économie de la santé au Québec

L’offre de services en économie de la santé est une problématique au Québec, c’est-à-dire que très peu d’économistes ou de groupes de consultants offrent des services spécialisés en santé. Les consultants qui s’y aventurent manquent généralement d’expérience dans le secteur de la santé, mais nous savons tous que ce secteur est très complexe et une compréhension approfondie des processus, des programmes et du réseau de la santé est nécessaire pour arriver à produire une étude économique qui soit utilisable et réaliste.

Clients

Les établissements du réseau de la santé, tout comme les organismes à but non lucratif d’économie sociale, ainsi que les associations médicales et de patients peuvent maintenant compter utiliser les services de consultants en économie de la santé et des services sociaux avec Gabriel Tremblayéconomistes de la santé.

Les cinq grand themes aborder par Gabriel Tremblayéconomistes de la santé ainsi que certains des services offerts sont:

Économie de la santé et pharmacoéconomie

  • Stratégie et communication en économie de la santé (strategie economique et de prouction d’etude pour compagnie pharamceutiques et biotech)
    • Stratégie: Analyse des écarts (gap analysis), Planification des travaux en économie de la santé, Planification des paramètres économiques (economic endpoints) et de leur développement (QALY, health outcomes…), Révision d’études économiques, participation à des panels de recherche ou d’évaluation
    • Communication: Production de communications en économie de la santé, révisions et conseils
  • Économie de la santé et pharmacoéconomie (production d’etudes economique pour les centres de recherches, gouvernements, compagnies pharamceutiques et biotechs)
    • Analyse coût-efficience (Cost-effectiveness analysis – CEA) avec le coût par unité de santé
    • Analyse coût-utilité (Cost-utility analysis – CUA) avec le coût par QALY
    • Analyse coût-minimisation (Cost-minimization analysis – CMA)
    • Analyse d’impact budgétaire (Budget impact analysis – BIA/BIM)
    • Analyse coût-conséquence (Cost-consequence analysis – CCA)
  • Évaluation économique des programmes sociaux et de santé
    • Évaluation socioéconomique pour les programmes sociaux et de santé
    • Évaluation économique de la santé publique (vaccination, prévention, détection…)
    • Économie de la prévention et évaluation de l’efficacité des programmes
    • Etude Cout-benefices, Willingness-to-pay, developpement et analyse d’indicateurs

Champs d'expertises

Modélisation et analyse de données pour l’économie de la santé

  • Modèle de décision, modélisation des maladies et épidémiologie
    • Épidémiologie: Fardeau pour les patients (burden) et résultats sur la santé (health outcomes), « Patient flow » et projections de patients
    • Modélisation en santé: Modèle de transition de l’état de santé et de progression de la maladie (modèle de Markov), Modèle et arbre de décision (decision tree) et modèle discret en santé, Modèle de transmission, Microsimulation de patients
  • Assureurs, patients et médecine fondée sur des preuves « Evidence-base medicine »
    • Payeurs et assureurs: Analyse des données de prescription (Prospective claim analysis), Analyse des besoins médicaux (medical need)
    • Patients: Analyse de la qualité de vie (Quality of life analysis), Développement des QALYs
    • La médecine fondée sur les preuves (evidence-based-medicine) : Comparaison mixte de traitements (Mixed treatment comparison – MTC), Comparaison indirecte de traitement (Indirect treatment comparison – ITC), La méta-analyse, Analyse de survie (Survival analysis), Analyse statistique des effets sur la santé (Health outcomes statistics and analysis)

Il est primordial de développer l’économie de la santé et les différents types d’évaluation économique en santé au Québec et ailleurs dans le but d’optimiser l’utilisation des ressources dans le réseau Québécois et Canadien de la santé. Cette initiative privée de ce groupe de consultant est donc un pas dans la bonne direction. Espérons que leur nouvelle pratique aura du succès au Québec.

Voici comment joindre cet entreprise de consultation  et de courtage d’études en santé :

Canada, 1-514-553-9255

www.gt-he.com/fr

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

économie de la santé

Comme à chaque année, le budget est marqué par des bons coups et de mauvais coups. Cette année est particulière car le Québec a connu un changement de régime, passant du parti Liberal au partie Québécois. Je ne porte certainement pas un discours politique ici, mais je vais plutôt m’attarder aux propositions du budget et aux perspectives d’avenir.

Les bons coups

Ce budget comporte une bonne quantité de bons coups. Par contre, il faut mentionner que ces politiques ne sont pas encore appliquées, mais seulement identifiées comme des cibles pour l’année 2013-2014. Ainsi il est difficile de savoir si ces idées se réaliseront ou de bien comprendre tous les détails de l’application.

La politique pharmaceutique et les génériques

Je considèrerais cette nouvelle politique pharmaceutique comme une révolution considérable, même si elle a passé relativement inaperçue. Cela fait déjà plusieurs années que tous demandent une modification de la politique pharmaceutique du Québec pour tenter de ralentir ou d’inverser l’exode des compagnies pharmaceutiques  et d’accélérer le développement de biotechs, soit les compagnies innovantes qui , selon moi, sont porteuses de l’avenir du Québec au sein de l’industrie pharmaceutique.

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Par exemple, la loi du 15 ans était souvent fortement critiqu si ces idées se réaliseront ou non. Je me suis souvent opposé à un retrait systématique de la loi des 15 ans, malgré se relative inefficacité, car ses opposants proposaient de la remplacer par rien du tout, ce qui n’aiderait certes pas notre cause. Il est clair par contre que cette politique n’était pas très efficace, mais elle envoyait un message clair : « nous voulons des compagnies pharmaceutiques au Québec ». Le nouveau message est plutôt : « Nous voulons des biotechs innovantes au Québec ». Je trouve ce nouveau message rafraichissant, mais également porteur de bonne nouvelles.

Le crédit d’impôt sur les salaires passe de 17,5% à 27,5%, ce qui est un bon encouragent a la R&D, principalement lorsqu’elle est intensive en main d’œuvre. Ensuite, le gouvernement injecte 125 M$ pour les partenariats public-privé dans le secteur des sciences de la vie, dans le but de créer de nouvelles Biotechs québécoises et de raviver ce secteur qui manque cruellement de fonds.

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Le gouvernement prévoit également apporter une révision au mécanisme d’indexation des prix des médicaments innovateurs, une révision de la marge bénéficiaires accordée aux grossistes pour les médicaments et une révision de la couverture de certaines fournitures médicales et de médicaments. Les économies totales prévus sont de 336 M$, mais le détail est encore floue. Nous devrons attendre pour juger de la concrétisation de ces économies.

Zoir Plan budgétaire, Budget 2013-2014 sur le site du ministère des finances

Les soins à domicile et la première ligne

Ce n’est pas la première fois que l’on entend parler de la première ligne et des soins à domiciles. Le nouveau gouvernement prévoit que chaque québécois aura un médecin de famille avant 2016. Il faudra voir si leur objectif est atteint en 2016, mais ce qui est certain c’est qu’il y a beaucoup de travail à faire pour y arriver. Je crois beaucoup en leur tactique des soins à domicile principalement à cause du nouveau ministre, monsieur Hébert, qui fut toujours un grand défenseur des soins à domicile. D’un point de vue strictement économique, il fut prouvé à de nombreuses reprises que de garder des personnes âges a la maison est largement moins cher pour l’état que de les héberger dans des CHSLD. Cet argument est donc non seulement logique, mais aussi économique.

Cette tactique ne diminuera pas les coûts en santé, mais elle peut en réduire leur croissance. La décentralisation des hôpitaux vers les soins à domicile fait partie des grandes orientations du budget.

La prévention est les habitudes de vie

Le gouvernement prévoit agir sur la prévention est les habitudes de vie. Ce sujet n’est pas nouveau et nous entendons régulièrement des gouvernements annoncer que la prévention fait partie de leurs grandes orientations. Par contre, il faut se rappeler que les bénéfices de la prévention sont souvent à long terme, mais également souvent en années de vie supplémentaires, et non nécessairement en économie pour le système de santé. Ainsi, une augmentation de la prévention inclus souvent une augmentation des coûts à court terme. Le gouvernement ne prévoit pas faire des économies avec cette mesure, mais cela fait tout de même partie des grandes orientations. Il faudra voir si l’application de cette prévention se concrétise par des mesures ou non.

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D’un autre cote, un crédit d’impôt pour les activités sportives des enfants est ajouté pour tenter d’encourager l’activité physique chez les jeunes. Ce crédit est en quelque sorte une copie provinciale du crédit fédéral, mais ce geste prouve au moins que le gouvernement veut vraiment aller dans cette direction.

Conclusion des bons coups

Ainsi, beaucoup de bons coups, ou disons plutôt, beaucoup de politiques intéressantes, car le travail est très loin d’être terminé. Il faudra analyser les résultats des politiques ainsi que leur mise en application avant de juger de l’impact du gouvernement. Par contre, je trouve que les messages sont clairs et ciblés vers de grandes orientations qui ont beaucoup de potentiel.

Le mauvais coup : La croissance des coûts en santé

Beaucoup trouveront que j’exagère lorsque je dis que je trouve que les coûts en santé augmentent trop rapidement. Je crois qu’en partie, vous avez raison. Les coûts en santé au Québec augmentent moins vite qu’aux États-Unis et semblent être sous contrôle. Par contre, la tendance actuelle est insoutenable à long terme, non seulement pour le Québec, mais également partout ailleurs dans le monde, principalement par rapport au financement. Voici un exemple qui présente mon point de vue:

Si l’on utilise les chiffres du budget et que l’on fait des projections pour les prochaines années, on se rend rapidement compte que la croissance des revenus est de 3% (selon leurs projections, ce qui ne conçoit pas de récessions), tandis que l’augmentation des coûts en santé est d’environ 5%. Actuellement, la santé représente environ 45% du budget du Québec, mais à ce rythme, elle représentera 56% en 2025, 62% en 2030 et 75% en 2040. La croissance de la santé dans le budget va nécessairement écraser les autres dépenses budgétaires au point ou ces autres missions de l’État ne seront plus soutenables. Notons au passage, l’éducation et la politiques des garderies qui ont des budgets à forte croissance également. Ce sous financement des autres missions pourrait être comblé par une augmentation des impôts. Par contre, les québécois sont déjà très taxés, probablement surtaxés, ainsi, cette option a tellement été utilisée au cours des 25 derniers années qu’elle est insoutenable mémé à moyen terme. Il faut considérer que les contributions aux régimes de retraites et les taxes municipales devront également augmenter rapidement pour résoudre les problèmes de sous-financement. Le pouvoir de taxation de ce gouvernement, et également des prochains, et probablement négatif. Le coût autant social qu’économique risque d’être beaucoup plus important que le revenu de l’augmentation des taxes, si cette option est surutilisée.

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Des solutions à la croissance des couts doivent être trouvées, en passant par le financement jusqu’au questionnement sur les missions en tant que telle. Ce problème n’est pas abordé par ce budget et je conclurais en disant que c’est le seul « mauvais coups » que j’ai identifié pour l’instant. Il faut mentionner que ce « mauvais coup » est occidental, car la totalité des gouvernements occidentaux repoussent ce problème sur les générations futures. Par rapport à la problématique du financement, le gouvernement a identifié le financement axe sur le patient comme étant une solution potentielle à ce problème en incluant les résultats sur la santé et coûts. Cette nouvelle initiative pourrait être orientée vers une pratique qui se rapproche de l’évaluation économique en santé évidement en collaboration avec par des spécialistes cliniques et des décideurs publics. Cette politique n’a pas été formulée ainsi, mais rien ne nous empêche de rêver.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

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Publié par : Gabriel Tremblay | 8 janvier 2013

Le futur de l’économie de la santé

Nul sauf un devin pourrait prévoir ce que le futur réserve à l’économie de la santé. Par contre, je me permets un article d’opinion sur le futur de l’économie de la santé. Évidemment, cet opinion est biaisé par ma propre expérience et elle vous semblera peut-être optimiste pour certains, ou pessimiste pour d’autres.

J’aborde dans cet article les cinq thèmes suivants : l’important de l’économie de la santé dans la gestion du système de santé, la nécessite d’adapter le message à l’audience, les techniques de modélisation avancées, l’évolution nécessaire des critères et paramètres économiques, la médecine personnalisée (les sous-groupes, les maladies orphelines) et la santé publique (du système curatif vers le system préventif)

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De l’important de l’économie de la santé dans la gestion du système de santé

L’économie de la santé peut-être divisée en deux grandes catégories qui se ressemblent à certains égards et se distinguent par d’autres éléments : La pharmaco-économie et l’économie de la santé. La pharmaco-économie est généralement exercée par des pharmaco-économistes, mais également par des économistes de la santé. Les études visent généralement des technologies médicales ou des médicaments. Les études pharmaco-économiques sont devenues obligatoires dans certains cas, mais généralement fortement recommandées par le CADTH, l’agence d’évaluation des technologies de la santé au
Canada, mais également par les assureurs publics au Canada. Ces études sont également exigées ou fortement recommandées (dépend des pays) dans les autres pays, tel la France, l’Angleterre et les États-Unis. Cette discipline, a donc connu une croissance importante dans les 20 ou 25 dernières années. Je prévois que cette tendance va perdurer car le penchant des gouvernements d’en obtenir toujours plus pour leurs argents et de minimiser la croissance des budgets va perdurer.

D’un autre cote, l’économie de la santé, qui s’adresse plus à l’évaluation des programmes de santé et sociaux, à l’évaluation de la performance et des méthodes de paiements des agents économiques dans le système n’a pas connu une croissance de son importance aussi soutenu. Plusieurs pensent que ces disciplines vont prendre leurs essors dans les prochaines années, mais je ne suis pas autant optimiste. Les systèmes de santé au Canada, mais surtout au Québec sont gèrés de manière politique, et l’intérêt des gouvernements et agences envers l’efficience économique a toujours été faible, même si la performance est mesuré de manière constante (productivité). Je ne vois aucun changement dans l’horizon qui me permet de croire que ceci changera pendant ma carrière.

Par contre, les points suivants pourraient dégager des espaces pour l’économie de la santé et ainsi augmenter son utilisation et sa renommée au cœur du système canadien et québécois. Par exemple, des techniques telle l’analyse coût-conséquences pourrait aider à faire connaitre cette science au Québec de par leur applicabilité et leur utilité pour les décideurs publics.

Je crains qu’une utilisation de l’économie de la santé aussi intensive que celle du NICE en Angleterre ne soit qu’une utopie au Canada et dans la majorité des pays.

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La nécessite d’adapter le message à l’audience

L’une des principales raisons de la sous-utilisation de l’économie de la santé au Québec est la difficulté d’interprétation des résultats pour les décideurs publics et les bornes précises pour les analyses qui peuvent souvent ressembler à des limites pour les non-experts. Ceci est paradoxal, car l’économie de la santé vise à aider le décideur public et cette science s’appuie également sur des guideline pour rendre les résultats résistant à l’interprétation biaisée de l’économiste. Il semblerait donc que les économistes n’ont pas assez travaillez fort pour que les résultats de leurs études soit interprétables facilement.  Un autre aspect est le fort coût de certaines analyses. Pour une raison que j’ignore, certains économistes ont tendance à toujours proposer les techniques les plus complexes pour répondre à des questions souvent simple.

Par exemple, la surutilisation des QALY dans des nombreux contextes ou cette mesure est moins efficace que des mesure clinique de résultats, appelé les « clinical outcomes », est potentiellement en cause, non seulement pour son cout plus important, mais également son interprétation souvent difficile.

Plusieurs techniques, telle l’analyse coût-conséquences pourraient améliorer la communication des résultats et l’utilité de ceux-ci. Cette technique permet de présenter les résultats des interventions d’une manière beaucoup plus désagrégée que les techniques traditionnelles et de laisser plus de place au jugement des décideurs publics. De plus, certains ajout à cette technique permettent de prendre en compte la volonté marginale à payer des décideurs publics ou des patients, et ainsi d’adapter l’étude économique à la réalité concrète du terrain et d’impliquer le décideur, et non seulement de présenter l’économiste comme un grand manitou qui vient présenter ces résultats fixent et souvent difficile à comprendre pour les intervenants. Ce type d’analyse serait fort utile en contexte hospitalier et pour le système de santé, moins dans le contexte des médicaments.

Mon opinion est donc que l’économie de la santé devra évoluer en ce sens pour que son importance et son utilisation augmentent dans le système québécois et dans les autres systèmes ou sa progression fut lente.

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Les techniques de modélisation avancée

Les techniques de modélisation se sont développées au cours des dernières années pour devenir de plus en plus complexe. On peut compter la modélisation des maladies  (la transition des états de santé, les maladies transmissives), modélisation des comportements des patients et des agents économiques (patients, pharmaciens, médecins, autres intervenants), la modélisation des cheminements de soins et la micro-simulation. À ce type de modélisation, on peut ajouter les développements majeurs en modélisation d’ «Evidence-Based-Medicine», tel le « Mixed Treatment Comparison (MTC) » et les « Indirect Treatment Comparison (ITC) ».

Ce type de modélisation complexe continuera à prendre de l’essor, car ils permettent de rapprocher le processus de modélisation économique ainsi que les résultats et leur présentation à ce qui se passe réellement sur le terrain et ce que le médecin et les intervenants vivent jour après jour.

D’un autre cote, il faut garder un œil sur la communicabilité des résultats et l’aspect pratique de la modélisation, sinon cette complexification ne fera qu’apeurer encore plus les décideurs publics.

De l’évolution nécessaire des critères et paramètres économiques

Le fameux QALY c’est creusé une place bien douillette dans l’analyse économique de la santé et la pharmaco-économie. Même si son utilisation est souvent justifiée et valable, une foule de situation ne s’interprète pas bien à l’aide des QALY et l’utilisation de CUA traditionnelle ne permet pas au décideur public de surpasser cette limite lorsqu’il prend en compte l’analyse économique. Les paramètres de l’analyse économique, soit les « economic endpoints », doivent prendre en compte la situation (court terme vs long terme, type de maladie, impact sur les patients), ce qui n’est généralement pas fait au Canada. Selon moi, l’analyse économique et les agences d’évaluations devront s’adapter à cette réalité et oublier le paramètre unique qu’ils on tente d’imposer, soit le QALY.

Pour ce qui est de l’évolution des critères d’analyse économique, je réfère encore à l’analyse coût-conséquences qui permet d’utiliser plusieurs critères et de les adapter à l’audience et au besoin du client tout en restant robuste et valide. Pourquoi utiliser seulement un ICER quand on peut regarder les résultats sous différents aspects et apporter une importance à chacun des critères en fonction des besoins du client. Si l’analyse économique peut s’adapter aux besoins et volontés du client, elle sera plus respectée et facile à comprendre, il faut cependant que les bornes soient bien ancrées pour empêcher qu’une influence néfaste affecte les résultats. J’ai pratiqué ce type d’intervention et je peux dire que le résultat a beaucoup plus d’impact sur les décideurs publics qu’une simple livraison d’un ratio pré-mastiquer uniquement par l’économiste.

La santé publique (du système curatif vers le system préventif)

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La santé publique est un thème qui est déjà couvert par l’économie de la santé, mais un grand potentiel de développement existe dans cet espace. Je pense que l’économie de la santé évoluera plus vers l’analyse des cheminements de santé que simplement vers de l’analyse très ciblée de traitement médical, et c’est pourquoi je crois que la santé publique aura un rôle à jouer. Comme les cheminements de soins incluent des comportements d’individu, de médecins, des facteurs de risques et l’analyse des fardeaux sur les patients et la société, l’analyse se rapproche beaucoup plus d’un programme de santé que simplement d’une intervention. La prise en compte de ce type d’aspect transformerait l’économique de la santé en incluant un aspect santé publique dans toutes les analyses, soit la prise en charge personnelle de la maladie ainsi que les stratégies de prévention et de traitement proactif et rapide de la maladie.

L’économie de la santé publique plus pure, soit l’analyse économique de la prévention et du screening des maladies dans le système de santé continuera de prendre en importance car éviter les maladies devient une solution au manque de ressources pour soigner les maladies, ce qui est très bien dans tous les sens.

La médecine personnalisée : les sous-groupes, les maladies orphelines;

Le sous-groupe est d’une importance capitale dans l’analyse économique. Même s’il est souvent justifier, beaucoup d’études utilisent ce facteur pour camoufler l’efficience économique de leur produit en segmentant à leur avantage les patients. D’un autre cote, une meilleure stratification réelle des sous-groupes sera un facteur important dans le futur de l’économie de la santé.

Je considère que ‘économie de la santé évoluera vers une situation ou les cheminements de soins seront évalués d’une manière beaucoup plus systématique, soit la modélisation du cheminement complet potentiel des patients. Cette modélisation plus systématique n’empêche pas une meilleure segmentation des sous-groupes et des niches. Le principal facteur de cette sous segmentation est la médecine personnalisée qui a pris son envol d’un point de vue médical avec des investissements massifs et des découvertes récentes, mais pas du côté de l’économie de la santé. Ainsi, la médecine personnalisée, en segmentant mieux les patients, augmentera la crédibilité des études économique si le cheminement complet des patients est évalué, et non seulement un segment, souvent marginal dans le traitement complet.

Les études sur les maladies orphelines, aider de modèles plus précis et complexes, continuera de prendre de l’importance, alors que les marchés pour les maladies courantes sont de plus en plus saturés.

Pour conclure

Au final, mon opinion est simple, l’économie de la santé devra évoluer vers un stade ou la communicabilité et la flexibilité des résultats ainsi que la prise en compte du point de vue du décideur publics devra prendre plus de place pour que cette science continue à évoluer et devienne importante dans la gestion des systèmes Québécois et Canadien, principalement en ce qui a trait aux analyses concernant le système de santé (ceci étant moins vrai pour les médicaments).

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

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Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Le coût des médicaments et du système de santé au Québec : Les faits

Cet article répond à plusieurs questions qui ont été posées ces derniers temps sur le blogue.

Quel est le montant dépensé en santé au Québec? Quelle est la croissance?

Environ 29,14 MM$ en 2011-2012 (budget) par le gouvernement du Québec et de 27,96 MM$ en 2010-2011 (budget), soit 4,2 % de croissance entre les deux années selon le budget. La croissance se situait entre 5 et 7 % au cours des années antérieures (IMS). Les dépenses totales en santé au Québec (privé + public) représentent environ  40 MM$ en 2010 et 42 MM$ en 2011, soit une croissance d’environ 5 %.

Malgré le fait que ces dépenses semblent hors de contrôle, des efforts sont déployés par le ministère de la Santé pour réduire la croissance des dépenses en santé. De grands projets d’amélioration de la performance sont également en cours principalement dans les urgences et les services à domicile.

Quel est le montant dépensé en médicament? Quelle est la croissance?

L’assurance médicament (RAMQ) a reçu environ 1,5 MM$ de revenu des assurés en 2009-2010 et a dépensé 3,9 MM$ pour soigner ces participants. Il s’agit donc d’une dépense d’environ 2,4 MM $ pour le gouvernement pour cette assurance publique pendant une année. Ce régime représente un peu moins de 10 % des dépenses en santé au Québec. Ces données sont seulement pour le système public de médicaments.

Lorsque l’on inclut les dépenses privées en médicaments, soit les achats de médicaments non prescrits au comptoir des pharmacies et les assurances privées, les médicaments représentent environ 18 % des dépenses totales en santé (IMS).  La croissance de ces dépenses était de 5,8 % dans la dernière année. Au cours des quatre dernières années, l’augmentation moyenne fut de 6,6 % (ministère finance).

Aux débuts des années 2000, la croissance pouvait atteindre jusqu’à 15 % de croissance des dépenses en médicaments, mais maintenant on parle de 4 à 6 %. La croissance des coûts est donc en ralentissement.

Qu’est-ce qui explique cette croissance?

Les nouveaux médicaments sont développés avec de nouvelles technologies qui sont beaucoup complexes que les médicaments précédents. Les coûts de production ainsi que les coûts de R&D ont augmentés de manière exponentielle pour les compagnies pharmaceutiques ce qui explique ces hausses très importantes des prix pour le patient. La hausse des prix est dangereuse pour les pharmaceutiques, car elle entraîne une diminution de la consommation (ou de la croissance de la consommation).

Le phénomène de la générisation des médicaments est également important dans cette tendance. Puisque la majorité des brevets des médicaments miracles de la décennie passée se sont terminés dans les 2 deux dernières années, les pharmaceutiques ont vu leurs revenus et profits diminuer. Avant les années 2000, les compagnies pharmaceutiques pouvaient compter sur les vieux médicaments qui étaient des vaches à lait et procurant beaucoup de revenus sans coûts fixes importants et de faibles coûts variables. La tendance des systèmes publics à privilégier et des patients à utiliser systématiquement des produits génériques ne permet plus d’obtenir des revenus d’anciens médicaments et de financer la recherche avec ces revenus. Les compagnies pharmaceutiques ont donc dû trouver une autre manière de financier la recherche et le prix des médicaments fait partie de la solution.

Quelle est l’importance du secteur pharmaceutique au Québec?

Avant la récession, la présence de nombreuses biotechs permettait d’identifier ce secteur comme un secteur bien en vie. Plusieurs grandes pharmas avaient également des usines et des centres de R&D.

Depuis la récession, les biotechs ont eux de grandes difficultés de financement et les grandes pharmas ont dû restructurer leurs productions et installations.

Tendance des 10 dernières années;

  • Difficultés à innover pour les grandes pharmas;
  • Processus de recherche de plus en plus long (10 à 12 ans, quelques fois jusqu’à 15 ans)
  • Augmentation fulgurante des coûts de développement des médicaments;
  • Fusions de grandes pharmas et acquisition de biotech par les grandes multinationales (Pour le rachat des brevets) ;
  • Arrivée sur le marché de « me too » drug, c.-à-d. des médicaments considérés comme relativement similaires aux médicaments sur le marché (différence mineure dans les effets secondaires ou les effets primaires, pas de manière significative, mais sur des niches)

Le secteur représente maintenant environ 10 000 Emplois en fabrication de produits pharmaceutiques. La basse de 30 % au cours des 5 dernières années au Québec est déplorable, mais il faut garder en tête que se secteur peut redevenir un secteur important dans le futur.

  

Pourquoi les médicaments semblent-ils plus difficilement accessibles de nos jours?

L’évaluation des médicaments avec des critères dans le système public peut apparaître comme limitant l’accès aux médicaments ou aux nouveaux traitements. Il faut comprendre que ce facteur n’affecte que l’assurance publique et non l’assurance privé. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette impression.

  • La présence de plus en plus de médicaments similaires avec une croissance des prix nécessite une évaluation des médicaments, pour s’assurer que les médicaments sur la liste publique de médicaments sont payés à un prix juste pour le gouvernement.

Au Québec, le Conseil des médicaments évalue selon trois critères, soit l’aspect thérapeutique (la valeur thérapeutique est t’elle démontré), l’aspect économique (justesse du prix) et l’aspect social (impact sur la population et l’accès aux médicaments).

  • Le système Québécois est probablement le système le plus intégré et le moins susceptible d’influence au Canada. Seul le ministre de la santé peut modifier une décision du Conseil.
  • Dans le reste du canada, une agence centrale d’évaluation donne son opinion et les provinces décident avec leurs propres critères.
  • Ce phénomène explique pourquoi l’accessibilité aux médicaments est si différente au Canada (dépend de la province, des régimes sont plus restrictifs et d’autres plus généreux);

Les médecins sont-ils influencés par les compagnies pharmaceutiques?

Personnellement je ne crois aucunement que les médecins sont influençables facilement ou sont influencés. Je pars toujours avec la prémisse que les médecins sont très bien placés pour déterminer si le médicament est bon ou non pour leurs patients et qu’ils jugent par eux-mêmes. De plus, les lois canadiennes sont assez restrictives concernant les cadeaux et l’influence dans le secteur pharmaceutique.

L’effet des compagnies pharmaceutiques est souvent de faire connaître les nouveaux médicaments sur le marché, les nouvelles indications ou l’inclusion dans la liste des médicaments d’une province. Les compagnies utilisent de plus en plus des spécialistes de liaison médicale qui sont des médecins ou des phd plutôt que des représentants. Le but est de communiquer de manière scientifique les nouveautés et non d’influencer.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

économie de la santé

L’utilisation des infirmières cliniciennes et praticiennes dans le système constituerait, selon moi, l’un des plus grands potentiels d’économies pour le système de santé.

La situation est simple. Les médecins sont payés à l’acte. Ils doivent donc maximiser le nombre d’actes pour maximiser leur revenu. D’un autre côté, pour maximiser le nombre d’actes, ils doivent minimiser le temps passé avec chaque patient. Par définition, un nouveau patient doit être écouté, diagnostiqué et traité. Souvent ce processus ne prend qu’une seule ou deux rencontres, mais ces rencontres seront beaucoup plus longues que la moyenne, car il faut comprendre la maladie et éviter les erreurs. Le médecin devra donc trouver une manière de suivre un certain nombre de patients chroniques pour s’assurer une rémunération constante et éviter les longues étapes qu’un nouveau patient nécessite. Une fois son pipeline de patients rempli, il ne pourra suivre que très peu de nouveaux patients ou de patients sans rendez-vous. Selon moi, ce phénomène explique pourquoi les Québécois n’ont pas tous de médecins de famille.

Il faudrait redéfinir le rôle des médecins pour que les interventions qu’ils font soient réellement ajustées à leur niveau de spécialisation, soit le plus haut niveau du système de santé. Pour se faire, il faut réévaluer la méthode de paiement des médecins. Il faut également s’assurer que les autres professionnels de la santé peuvent faire leur juste part.

Les cliniques d’infirmières praticiennes et cliniciennes présentent dans plusieurs provinces et pays auraient un effet important sur le système de santé en soulageant les médecins des interventions de suivi et le traitement de plusieurs maladies chroniques. Les infirmières étant payées par année, elle passe beaucoup plus de temps avec les patients et peuvent ainsi s’occuper de l’ensemble de la santé du patient et de sa situation complète.

Le médecin doit être utilisé pour les diagnostics et les traitements les plus complexes. Je serais très étonné que les médecins, en général, n’aiment pas soigner les patients les plus malades. Ces spécialistes sont dans les plus éduqués et informés de l’économie et doivent nécessairement aimer les défis et les cas complexes. Le problème est que leur rémunération ne leur permet pas de passer beaucoup de temps sur les cas intéressants médicalement puisqu’ils ne seraient pas en mesure de maximiser leur revenu. Je ne dis pas que les médecins ne font que maximiser leur revenu, mais plutôt que ce facteur entre dans leur décision de quantité de patients complexe vs les patients plus facile à suivre.

Une solution serait donc d’utiliser les infirmières universitaires (praticiennes et cliniciennes) le plus possible pour libérer le système de santé et permettre aux médecins de s’occuper des cas les plus difficiles et les plus urgents tout en obtenant une rémunération à leur hauteur. Les infirmières pourraient être utilisées dans des cliniques, d’infirmières, dans les urgences, dans les GMF et dans les cliniques sans rendez-vous. Je pense que cette seule solution, implanter à grande échelle et en gardant un souci de performance, pourrait régler une grande partie des problèmes de santé au Québec tels que l’engorgement des urgences, le manque de médecins de famille, l’impossibilité (ou presque) d’aller dans une clinique sans rendez-vous.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Série sur la diminution des coûts en santé : Les pharmaciens

Le gouvernement a récemment annoncé qu’il évaluerait la possibilité d’augmenter les droits des pharmaciens dans le système de santé. Il y a déjà plusieurs années que cette possibilité est évoquée par les pharmaciens et d’autres acteurs. D’un point de vue strictement économique, cette possibilité pourrait avoir de nombreux effets positifs sur le secteur de la santé.

Premièrement, certaines prescriptions pourraient être renouvelées par le pharmacien plutôt que de retourner voir le médecin chaque année (ou plus souvent). Le renouvellement des prescriptions pas les médecins est beaucoup plus coûteuse que le renouvellement par le pharmacien ce qui constitue un avantage direct en terme économique pour le système.

Un avantage économique indirect serait la diminution de l’utilisation des médecins pour des traitements à faible valeur ajoutée. Comme le renouvellement ne peut généralement pas être considéré comme un acte médical à forte valeur ajoutée, retirer ce type d’acte au médecin permet d’augmenter la valeur moyenne des interventions des médecins. Donc les médecins auront plus de temps pour traiter les nouveaux problèmes médicaux et passeront moins de temps à traiter la récurrence. Une augmentation de la valeur moyenne des traitements des médecins implique une plus grande valeur moyenne des médecins pour le système de santé.

Face à une grande substitution des actes à faibles valeurs ajoutées des médecins pour des actes à forte valeur ajoutée par différentes techniques telles que l’utilisation d’infirmières cliniciennes / praticiennes ou de pharmaciens, les médecins devront renégocier leur tarification. Cette étape est essentielle. D’un autre côté, ils devront traiter plus de nouveaux patients et augmenter le nombre de personnes qu’ils suivent comme médecin de famille.

Le plan du gouvernement d’avoir un médecin de famille par personne paraît une utopie à ce point dans le temps, mais une bonne utilisation de toutes les ressources médicales et une optimisation de la valeur ajoutée permettra peut-être un jour de voir ce type de projet se concrétiser.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Série sur la diminution des coûts en santé : Les ambulanciers

Les ambulanciers auront bientôt des droits supplémentaires quant aux soins qu’ils peuvent prodiguer aux patients qu’ils transportent. Il était temps. Il ne faut pas oublier que l’ambulancier à une formation collégiale et que ses compétences sont souvent sous-utilisées étant donné les règles en place.

Comme le gouvernement a agi sur cet aspect, nous ne tournerons pas le fer dans la plaie, mais il faut tout de même suivre le dossier pour s’assurer que les ambulanciers puissent aider les patients au maximum de leurs compétences.

Il faut garder en tête que les nouvelles technologies seraient en mesure d’appuyer les ambulanciers dans leur travail. On peut imaginer des communications avec le médecin qui prendra en charge le patient à son arrivée. Les ambulanciers auraient donc le pouvoir de soigner le patient tout en ayant l’appui et l’opinion de personnels médicales de toutes sortes.

Par contre, l’utilisation des ambulanciers n’est pas pour autant une technique efficace pour sauver des coûts que pour améliorer le service aux clients et, si possible, augmenter la probabilité de survie d’un transport en ambulance.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 14 avril 2011

La demande pour les médicaments

Aspect concurrentiel du marché

Si vous connaissez la théorie économique, vous savez que le prix est l’un des principaux facteurs de la concurrence ainsi que de la quantité demandée d’un produit. Dans le premier cas, la concurrence se joue régulièrement par rapport aux prix. On peut penser à la concurrence parfaite (beaucoup de concurrents et des produits presque identiques), mais également pour les marchés oligopolistiques (moins de produits et des différences modérées entre les produits).

Dans le cas de la quantité demandée d’un produit, l’offre d’un produit et la demande (volonté de payer) vont déterminer la quantité consommée et produite sur le marché, ainsi que le prix.

médicaments, économie de la santé

Dans le marché des médicaments, c’est un peu différent, car c’est un marché que l’on dit à "différenciation de produit". C’est-à-dire que les produits ne sont généralement pas identiques lorsqu’ils sont brevetés. Les produits sont développés par les compagnies pharmaceutiques dans le but de combler un besoin qui n’est pas actuellement comblé. Par exemple, une compagnie peut développer un produit qui réduit les effets secondaires des produits qui sont actuellement en marché. D’un autre côté, une compagnie peut arriver à découvrir une molécule qui améliore les effets thérapeutiques par rapport aux médicaments actuellement disponibles. Certains nouveaux médicaments vont également cibler certaines exceptions médicales, soit des conditions propres à certains types de patient. On appelle ces médicaments, des médicaments de niche. Lorsqu’un médicament est le premier à traiter une maladie, on dit que ce dernier est un produit orphelin (orphan drug).

Lorsque les molécules brevetées sont uniques (orpheline ou de niche), on peut considérer ce marché comme un marché monopolistique dans la plupart des cas.

D’un autre côté, un médicament entrant dans le marché qui aurait des effets thérapeutiques très similaires aux médicaments déjà présents sur le marché est appelé un « me too drug ». Ainsi, les classes où plusieurs médicaments sont très similaires sont des environnements oligopolistiques.

Médicaments, demande, économie de la santé

Dès que le brevet est échu, la concurrence devient "par les prix" car les produits génériques entrent dans le marché. Une concurrence par les prix est généralement beaucoup plus active et dynamique que la concurrence très statique de la différenciation du produit. La raison de la fixité de la concurrence par la différenciation des produits est que le marché des médicaments en est un de recherche et développement. La recherche et le développement d’un médicament prennent souvent plus de 10 ans ce qui occasionne une certaine stagnation des stratégies concurrentielles. Les compagnies se sont donc trop habituées à des marchés monopolistiques ou oligopolistiques et ce retirent très rapidement des marchés de concurrence parfaite laissant beaucoup de place aux compagnies génériques. Il y a quinze ans, ce manque d’originalité et de stratégie concurrentielle n’était pas un problème important étant donné l’arrivée constante de plusieurs médicaments avec un fort potentiel de vente. Par contre, cette décennie est très différente avec des difficultés pour les compagnies pharmaceutiques à innover, ainsi qu’un marché générique très important et en forte croissance. De plus, les gouvernements mettent de plus en plus de pression pour la générisation (utilisation des génériques) dans l’utilisation des médicaments.

La demande de médicament

Un aspect crucial dans le choix du médicament est la relation principal-agent entre le médecin et le patient. Le médecin et le patient ont un rôle à jouer dans le niveau de qualité du médicament choisi, ainsi que dans le prix qui devra être payé pour ce produit. On appelle cet aspect le rapport coût-efficience. Il est évident que le médecin n’a pas à payer ce médicament, mais le patient devra en payer la totalité, soit dans sa prime d’assurance ou dans son copaiement. Pour le patient couvert par le secteur public, le patient paie également un copaiement et une franchise, mais va généralement assumer une plus petite partie du coût total.

Pour identifier les facteurs influençant la demande de médicament, il faut mettre en perspective la concurrence sur ce marché et les incitations des consommateurs.

Ainsi, pour résumer mon argumentaire, je dirais que la demande dépend principalement de :

1. Le rapport qualité-prix (que l’on appelle coût-efficience), c’est à dire le prix par rapport à l’effet thérapeutique

2. La différenciation du produit (moins d’effets secondaires, plus d’effets primaires positifs, pour une niche de patient, produit sanguin (hôpitaux) ou produit oral (patient à la maison)

3. Le prix des produits concurrents ou des produits similaires, l’existence de générique pour des produits similaires

Voir l’article suivant :

Relation Principal-Agent

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 15 novembre 2010

L’analyse de la performance en santé au Québec

Voici une question qui mérite d’être posée : Pourquoi l’analyse de la performance n’est pas répandue dans le système de santé Québecois?

Frome lute 1 (stovk exchange)L’analyse de la performance existe dans le secteur de la santé, mais ces analyses de performance s’intéressent principalement au côté clinique tout en analysant sommairement le côté financier. S’intéresser uniquement à un seul aspect soit l’aspect clinique ou l’aspect financier peut-être trompeur dans une analyse complète de la performance. Certes, il est évident que lorsque des cliniciens se penchent sur la desserte thérapeutique d’une unité de soin, ils évaluent seulement le côté clinique, mais ceci ne constitue pas ce que j’appellerais une analyse complète de la performance, mais seulement une analyse partielle.

Une analyse complète de l’aspect financier et thérapeutique des soins doit être effectuée pour réellement être considérée comme une analyse de la performance et pouvoir mettre les choses en perspective. Les soins que nous offrons sont-ils bons? Notre fréquence ou notre intensité de services est-elle trop élevée (ou pas assez)? Le coût pour ces soins est-il correct? La productivité des intervenants est-elle suffisante? Les coûts administratifs en santé sont-ils trop importants ?

Tous les différents aspects mentionnés dans le dernier paragraphe sont d’une importance capitale dans un système de soin qui gère efficacement les ressources limitées. Par contre, les réponses à ces questions sont trop souvent inconnues des gestionnaires du système de la santé, soit par manque de ressource compétente pour les analyser, par manque d’intérêt ou par manque de temps.

Je crois que l’analyse de la performance économique peut et doit être menée par des consultants dans le secteur de la santé. Premièrement, ces derniers sont des ressources externes qui ne sont pas influencées par les préconceptions internes de l’établissement ainsi que par la pression des dirigeants. Leur mandat est généralement clair soit d’identifier les centres d’activités performant comparativement aux autres établissements de santé ainsi que d’analyser les améliorations et les dégradations de la performance au cours des années précédentes pour l’établissement à l’étude. Deuxièmement, les consultants vont produire un rapport d’expert précis qui permet aux gestionnaires de cibler les secteurs dont la performance est la plus faible. Ce rapport pourra être utilisé comme une forme de preuve.

Économie de la santé, performance économique Je discute depuis le début de l’article de performance financière et de performance clinique, mais je ne discute pas de performance économique. L’analyse économique pourrait amener énormément à l’analyse de la performance au Québec. Ce type d’analyse pourrait devenir un pilier l’évaluation des soins tant au niveau opérationnel qu’au niveau macroscopique. Je ne parle pas ici simplement des études telles que la DES (data envelopment analysis) ou de l’analyse de frontière, mais bel et bien d’utilisation d’indicateur économique pour analyser la performance des établissements. Par contre, le secteur de la santé doit laisser une petite place aux économistes de la santé pour que ce type de méthode d’analyse prenne de la place dans le secteur.

Quelles en sont les répercussions et les causes de la sous-utilisation de l’analyse de performance au Québec?

Les répercussions sont importantes. La faible productivité dans le secteur de la santé au Québec implique de longues listes d’attente principalement pour les opérations mineures, des temps d’attente record dans les urgences et une accessibilité à des soins de base extrêmement restreinte.

Je crois que l’effet secondaire le plus important à une mauvaise performance du secteur de la santé est le questionnement de plus en plus omniprésent sur la nécessité d’ouvrir les portes du secteur privé. Le grave manque de performance du secteur public amène à le requestionner et à envisager d’autres solutions ce qui est extrêmement important.

Il y a donc deux défis pour le secteur de la santé. Premièrement, à moyen terme, le secteur de la santé au Québec devra démontrer qu’il est capable de survivre et de ne pas s’effondrer dans une période de coupure budgétaire (loi 100, etc). Deuxièmement, à long terme, le secteur de la santé devra faire mieux avec moins, soit améliorer sont rapport coût-efficacité, pour démontrer son utilité et sa pertinence.

Je crois pertinemment qu’un secteur public peut effectivement coûter moins cher pour des services presque équivalents à un secteur privé. Le secteur de la santé du Québec doit maintenant le prouver et y jouer son avenir.

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

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économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 19 septembre 2010

Prévention : La vaccination massive est t’elle toujours rentable

Une telle question peut sembler étrange puisque l’on se fait répéter constamment par les agences de santé et le ministère que la prévention est très rentable et que l’on sauve de nombreuses vies avec des mesures préventives de la sorte. La littérature économique semble indiquer une réponse quelque peu différente pour la grande majorité des actes préventifs. Répondons à certaines questions que plusieurs d’entre vous pourraient de poser sur la rentabilité économique des stratégies préventives.

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Quelles sont les méthodes qui analysent la rentabilité économique des vaccins et des interventions préventives? Les analyses coût-bénéfice et les analyses coût-utilité sont les plus souvent utilisées pour analyser la rentabilité économique des vaccins. La quantité d’études existantes sur le sujet donne une bonne base de comparaison à tout économiste voulant faire une étude sur le sujet. Cette littérature très vaste permet également de tirer des conclusions plus générales sur les actes préventifs. L’analyse coût-bénéfice compare des bénéfices sociaux (productivité, vies sauvées, soins de santé économisés) à des coûts économiques (déplacement, coûts directs des soins de santé, autres coûts indirects). L’étude coût-utilité va comparer des bénéfices en termes d’extrant clinique, soit des années de vie de plus ou autres, à des coûts économiques. Ces études sont solidement appuyées par la théorie économique et largement répandue dans le milieu de l’économie de la santé.

Quelles sont les conclusions générales des littératures économiques sur la vaccination préventive? Plusieurs méta-analyses et études de compilation sur les stratégies préventives (incluant la vaccination) des résultats arrivent au même constat, soit qu’environ 80 % des interventions préventives seraient non rentables économiquement. Ainsi, le résultat est que le coût de la vaccination massive est supérieur au coût de soigner les gens qui tomberaient malades ainsi que tous les coûts en terme de productivité qu’occasionneraient ces maladies (journées de congé maladies…).  La rentabilité annoncée par tous les cliniciens n’est donc pas au rendez-vous.

Pourquoi la rentabilité économique n’est-elle pas au rendez-vous? Plusieurs raisons peuvent expliquer que ces interventions préventives ne soient pas au rendez-vous. Quatre principaux facteurs peuvent être considérés comme une bonne base pour comprendre quelle sera la rentabilité d’un acte préventif.

  1. La prévention auprès de la population complète est généralement beaucoup moins rentable que le ciblage de certaines populations à risque.
  2. La prévention pour les enfants est plus rentable que pour les personnes plus âgées.
  3. Les actes préventifs pour prévenir les maladies chroniques, les maladies mortelles ou celles qui causent des invalidités sont plus rentables que les interventions pour prévenir des maladies courantes et très rarement mortelles.
  4. Ajoutons un quatrième facteur qui concerne plus les pays en développement. La rentabilité des vaccins sera moins importante si les gens malades ont accès à des soins de santé rapides et sans attente, spécialisés, de qualité et sans risque de contamination autre (infections, autres virus).

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Il faut par contre indiquer un biais que ces études sur la rentabilité peuvent contenir. Il s’agit de la vaccination comme bien public. Comme la majorité des populations dans les pays riches sont vaccinées pour toutes sortes de maladies, toutes ces personnes ne peuvent pas contaminer les autres personnes. D’un autre côté, si ces personnes n’étaient pas vaccinées contre un certain virus très virulent, une seule personne pourrait donner son virus à des centaines de personnes causant ainsi une épidémie. Les personnes vaccinées deviennent donc des barrières à l’épidémie pour ces virus. Ainsi, dans un monde ou personne est vacciné, il serait probablement fortement rentable de se faire vacciner, car la probabilité d’attraper la maladie serait très grande, mais dans un monde où tous les gens sont vaccinés, la rentabilité d’être vacciné est moindre. Cet externalité positive n’est donc pas mesurée dans ces études.

En bref
  • Les actes préventifs ne sont pas tous rentables économiquement;
  • La rentabilité des vaccins est généralement fonction de la gravité de la maladie, de la population ciblée, de l’âge de la population ciblée et de l’accès aux soins de santé pour cette population;
  • La vaccination des populations constitue un bien public et cet aspect est souvent négligé dans les études économiques

Voir l’article sur les biens publics

Voir l’article sur les études coût-bénéfice et les études coût-utilité

Voir l’article sur les externalités positives

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

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économie de la santé

Une question concernant la demande et l’offre des médicaments m’a été posée et je tenterai d’y répondre dans cet article. Avant de répondre à cette question qui concernait plusieurs aspects du marché pharmaceutique, il est important de faire des distinctions claires entre les segments de marché et les caractéristiques de chacun des segments.

Économie de la santé, économie appliquée, pillule

 Trois segments existent dans le marché pharmaceutique soit les médicaments de marque, les médicaments innovants (nouveaux) et les médicaments génériques. Les médicaments de marque étaient des médicaments de type innovant qui ont vu leur brevet expiré au cours des dernières années et sont donc en concurrence avec les produits génériques. Les médicaments innovants sont de nouveaux médicaments sur le marché qui est protégé par leur brevet contre la copie. Les médicaments génériques sont des copies des médicaments de marques. Les compagnies pharmaceutiques innovatrices (biotech et pharma) produisent des produits de marque et des produits innovateurs et les compagnies génériques produisent seulement des génériques, soit des copies.

Ces deux types de compagnies vivent donc de deux business complètement différents soit le développement de nouveaux médicaments par la R&D dans le cas des compagnies pharmaceutiques et de la copie dans le cas des compagnies génériques.

Voici maintenant la question :

« J’entends souvent dire de la part des économistes "libéraux" qu’il faudrait supprimer les lois qui "fixent" un prix plafond pour les médicaments. Je suis malgré tout un peu perplexe…

Ils ont deux arguments à cela :

1) l’augmentation des prix et donc des recettes incite à produire plus de médicaments. L’offre peut ainsi s’adapter à la demande, ce qui met fin à la pénurie.

2) l’augmentation des revenus donne des incitations à l’investissement en recherches pharmaceutiques.

Permettre les prix de "filer" entraîne réellement une hausse de l’offre et de l’innovation ? Les prix administrés bloquent-ils l’offre de médicaments ?»

Premièrement, répondons à la première question : l’augmentation des prix et donc des recettes incite-t-elle à produire plus de médicaments? Je dois tout d’abord apporter une petite correction d’économiste à la première question. Dans le cas d’un retrait d’un prix plafond, c’est la quantité offerte et la quantité demandée qui s’ajusteraient et non pas l’offre. La distinction vient du fait que la courbe d’offre ne subit aucun déplacement venant d’un phénomène exogène. Le changement de prix est internalisé dans l’équilibre puisqu’il est fixé par un fonctionnaire. La courbe d’offre ou la courbe de demande ne bougent donc pas, c’est le prix imaginaire qui disparaît, laissant la quantité demandée et la quantité offertes s’équilibrer.

Économie de la santé, économie appliquée, offre et demande

Il faut également se méfier d’une réponse trop rapide à cette affirmation qui pourrait ressembler à ce qui suit : si les quantités offertes s’ajustent, pourquoi existe-t-il une pénurie de médicaments aux États-Unis pour certains médicaments quand les prix dans ce pays sont les plus élevés au monde? Tout d’abord, il y a pénurie mondiale de certains médicaments, mais les pays qui en souffrent le moins sont ceux où le prix est le plus élevé. La raison est simple, les compagnies au début d’une pénurie exportent les stocks de médicaments des pays ou les prix sont bas vers les pays ou les stocks sont hauts, ce qui est logique commercialement, et j’insiste sur le fait que cette logique n’est que commercial. Ainsi, les pays qui paient le gros prix souffrent moins des pénuries. Le problème ne vient pas entièrement du fait que les certains pays ont des prix moins élevés, mais également dans la capacité de production. Les compagnies pharmaceutiques doivent prévoir la demande plusieurs années à l’avance pour établir la production adéquate, car la plupart des médicaments nécessitent des infrastructures presque entièrement uniques, surtout à l’aire des produits biologiques. Ces infrastructures doivent également être approuvées par les gouvernements dans le but de respecter les réglementations très sévères dans les pays occidentaux concernant la production de médicaments.

Comme les prévisions ne sont jamais très bonnes, il peut rapidement y avoir pénurie et adapter la quantité offerte peut prendre plusieurs années. D’un autre côté, le prix très élevé d’un médicament dans un pays  qui subit une pénurie devient un fort incitatif à investir rapidement dans des infrastructures qui doivent être construites dans une vision de long terme. Ainsi, laisser le prix des médicaments retrouver son équilibre peut augmenter l’offre à long terme et même les incitations à investir dans les infrastructures de ce pays ou cette région.

Économie de la santé, économie appliquée, pillule 2

D’un autre côté, la hausse de prix va diminuer la quantité demandée qui était plus élevée que la quantité offerte du au prix fixé trop bas (définition de pénurie). Cette hausse de prix pourrait amener à une diminution de l’aléa moral, soit la surconsommation de médicaments. Par contre, il faut mentionner que, l’élasticité de la demande par rapport au prix étant très inélastique dans ce marché, la diminution de la consommation des gens les plus malades va probablement coûter beaucoup plus cher en terme social que la diminution de la surconsommation pourrait rapporter en terme économique.

En deuxième lieu, répondons à la question : l’augmentation des revenus amène t’elle des incitations à l’investir en recherches pharmaceutiques? Maintenant, il est temps de nous servir de la segmentation de l’offre faite un peu plus tôt. Dans le cas des compagnies pharmaceutiques innovatrices, la marge de profit est généralement de l’ordre de 10 % en moyenne sur les profits. Certains vont penser que ces chiffres sont trop élevés, mais ce secteur est l’un des plus risqués avec seulement 3 médicaments sur 10 qui vont faire leurs coûts et plus de 1,2 à 1,5 milliard de dollars de production par nouveaux médicaments. Ces compagnies doivent générer de très grand profit pour financer ces investissements en R&D et le financement par emprunt est très difficile étant donné le risque sous-jacent. Les deux grands buts des pharma sont de racheter de petites biotechs qui ont un gros pipeline de produits et de produire de nouveaux médicaments innovateurs qui vont révolutionner la manière de soigner les gens dans le but de récupérer un profit. Au cours des dernières années, les compagnies pharmaceutiques ont tranquillement diminué leur budget en R&D et la raison est que le marché est de moins en moins profitable étant donné que les compagnies génériques prennent de plus en plus de place dans le marché. Je dois conclure en affirmant que c’est la hausse des profits qui va amener un incitatif à produire plus de médicaments et à innover en terme de R&D et non le prix des médicaments. La tendance actuelle veut que le prix des nouveaux médicaments soit beaucoup plus élevé que les médicaments précédents, car ces nouveaux médicaments biologiques ont des coûts de développement et de production beaucoup plus importants que les molécules chimiques qu’ils remplacent.

Économie de la santé, économie appliquée, molécule

Ce qui fait le plus mal aux compagnies pharmaceutiques innovantes, ce n’est pas les prix qui sont plafonnés, mais plutôt les produits génériques qui ont inondé le marché juxtaposé à une incapacité des compagnies pharmaceutiques innovantes à développer des médicaments réellement innovateurs dans les cinq dernières années. La diminution des profits, des revenus et des marges sur les médicaments innovants rend ce marché plus difficile pour ce qui est de la rentabilisation financière et de la production de médicament. La difficulté à innover rend également ce marché plus risqué ce qui n’est pas positif non plus pour les perspectives d’investissements.

En ce qui a trait aux compagnies génériques, la seule R&D qu’ils font sert à copier les médicaments des autres. Ce n’est pas ce que j’appelle de la R&D productive. Ainsi, la hausse des prix médicaments génériques serait complètement inutile autant du côté de l’offre de produit, que de la R&D. La R&D nécessaire à produire un produit générique varie entre 1 et 5 millions de dollars au Canada et le coût de production des médicaments est généralement très bas par rapport à leurs prix.

En résumé
  • Une hausse du prix plafond peut inciter les compagnies pharmaceutiques à réacheminer des médicaments vers un pays à court terme et inciter à investir dans les infrastructures de production à long terme si des conditions optimales sont rencontrées (demande à long terme, brevet encore valide pour longtemps, capacité de ce procurer les ressources chez un fournisseur, avoir l’argent nécessaire pour l’investissement, lois en vigueur facilitantes).
  • Une hausse du prix plafond peut augmenter l’investissement en R&D à long terme des compagnies pharmaceutiques innovantes si cette hausse permet une augmentation de la marge de profit et non seulement un ajustement du prix pour tenir compte des coûts de production. L’augmentation de la R&D dépend d’autres facteurs que le prix comme la demande, la concurrence, l’argent disponible, les possibilités d’emprunt et de financement et le risque.
  • Une hausse de prix ne réglera pas les problèmes des compagnies pharmaceutiques innovantes qui doivent recommencer à développer de nouveaux médicaments qui ont une efficacité thérapeutique reconnue et une efficience économiquement démontrée

 

Conclusion : Retirer le prix plafond peut donc augmenter la quantité offerte à court et à long terme tandis qu’il peut augmenter la recherche et développement, mais plusieurs conditions sont nécessaires pour que ces belles promesses se concrétisent. Dans les conditions actuelles, je parierais plutôt sur la timidité des compagnies à réagir à une telle augmentation du prix.

Dans votre situation, je vous conseillerais d’opter pour la même stratégie que la Québec. Voici la stratégie en quelques mots :

Économie de la santé, économie appliquée, laboratoire

Premièrement, pour augmenter la R&D, offrez des déductions d’impôt très importantes aux compagnies innovantes. Pour augmenter la production à long terme, offrez de tout aussi juteuses réductions d’impôt.

Deuxièmement, pour augmenter la R&D, proposer un prix égal ou légèrement supérieur aux autres pays pour les médicaments innovants, mais demander une cible claire et précise du niveau de R&D attendu pour garder ces prix et également au niveau des approvisionnements en médicament.

Troisièmement, négocier des périodes d’exclusivité plus longue avec les compagnies pharmaceutiques leur permettant d’éviter la concurrence des génériques. Cette troisième politique publique séduira les compagnies pharmaceutiques. Par contre, il y a un coût, soit la démocratisation des médicaments par la production de copies génériques.

D’autres stratégies pourraient être considérées, mais ces dernières sont de bons points de départ.

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

économie de la santé

L’offre de services en économie de la santé est une problématique au Québec, c’est-à-dire que très peu d’économistes ou de groupes de consultants offrent des services spécialisés en santé. Les consultants qui s’y aventurent manquent généralement d’expérience dans le secteur de la santé, mais nous savons tous que ce secteur est très complexe et une compréhension approfondie des processus, des programmes et du réseau de la santé est nécessaire pour arriver à produire une étude économique qui soit utilisable et réaliste.

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Les établissements du réseau de la santé, tout comme les organismes à but non lucratif d’économie sociale, ainsi que les associations médicales et de patients peuvent maintenant compter utiliser les services de consultants en économie de la santé et des services sociaux avec Gabriel Tremblayéconomistes de la santé.

Les services offerts en économie de la santé sont multiples, mais voici certains exemples :

  • Analyse coût-bénéfices, coût-efficacité, coût-utilité, coût-minimisation;
  • Analyse de fardeau de la maladie (burden-of-Illness)
  • Analyse d’impacts budgétaires (fardeau des coûts ou autres);
  • Étude contingente, analyse conjointe, sondage, entrevue, focus group;
  • Analyse de performance économique, DEA, frontière efficiente;
  • Économétrie e la santé;
  • Modélisation théorique et mathématique des problématiques et des impacts;
  • Revue de littérature en science économique et méta-analyse;
  • Analyse d’impacts économiques et sociaux
  • Analyse économique de programmes sociaux
  • Analyse de données au niveau patient et données de survie

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Il est primordial de développer l’économie de la santé et les différents types d’évaluation économique en santé au Québec er ailleurs dans le but d’optimiser l’utilisation des ressources dans le réseau Québécois et Canadien de la santé. Cette initiative privée de ce groupe de consultant est donc un pas dans la bonne direction. Espérons que leur nouvelle pratique aura du succès au Québec.

Voici comment joindre cet entreprise de consultation  et de courtage d’études en santé :

Canada, 1-514-553-9255

www.gt-he.com/fr

 Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

économie de la santé

Voir l’article sur les experts en économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 11 août 2010

Les partenariats public-privé (PPP) et l’analyse de la performance

Dernièrement, le vérificateur à analyser une étude sur les partenariats publics privés (PPP) et cette analyse à faite manchette étant donné les critiques nombreuses de la part du vérificateur. L’étude semblait indiquer que les PPP étaient viables en précisant certaines hypothèses et plusieurs contraintes à l’étude. Selon le vérificateur général, certaines des hypothèses pouvaient ne pas être cohérentes ou réalistes.

Le but de cet article n’est certainement pas de critiquer le vérificateur général. Par contre, ce dernier en en tentant de retourner les hypothèses contre le modèle, vient à la conclusion que le modèle public actuel serait probablement moins coûteux que le modèle de PPP. Il se peut fort bien que l’étude qui prouvait que les PPP étaient rentables soit faussée et invraisemblable, mais ceci ne prouve certainement pas que le modèle actuel de soin de santé soit supérieur.

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Je crois qu’il serait bien temps que des économistes sérieux se penchent sur le sujet pour éclaircir les impacts économiques des PPP. Des études partielles ont été menées pour le CHUM, mais une étude globalisante sur la pertinence de ce modèle doit être faite par des spécialistes.

De plus, il est fort difficile de déterminer quel modèle est le plus performant dans le système actuel, car le privé est difficilement accepté dans le secteur hospitalier et même, jusqu’à date, plutôt inexistant.

Comment comparer deux systèmes? Il est évident qu’il peut être difficile d’évaluer la performance économique d’un système qui n’existe pas, soit le système privé. C’est pourquoi des hypothèses économiques solides sont primordiales pour la crédibilité d’une étude potentielle, mais également pour s’assurer que les résultats sont cohérents avec la réalité. Donc il est difficile d’évaluer un système privé.

Qu’en est-il de la performance du système public? La totalité des soins de santé en hôpitaux est dispensée ou financée par le secteur public et si environ 70% des dépenses totales de santé sont financés par le gouvernement au Canada, incluant les médicaments. Où sont les résultats et les indices de comparaisons entre hôpitaux comme aux États-Unis et autres pays industrialisés? On a le classement des urgences, mais les urgences ne sont qu’une parcelle des soins.

Pourquoi en savons-nous si peu sur la performance de notre système? Bonne question, je vous laisse imaginer des raisons machiavéliques, pour ma part je considère que le manque d’intérêt pourrait être une cause. J’ai également une autre théorie. Lorsque l’on regarde quels sont les établissements qui font des évaluations de la performance, on se rend bien compte que ce sont les hôpitaux qui reçoivent le moins d’argent par patients. Ma propre théorie machiavélique est que la forte pression financière que subissent ces hôpitaux ou autres institutions les oblige à mieux gérer leurs argents. Un peu de pression financière, ça change pas le monde, sauf que!

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Finalement, je dois vous avouer que les analyses de performance révèlent généralement de grands écarts de performances entre les établissements du réseau de la santé. Différents facteurs comme la taille de l’hôpital, spécialisé ou généraliste, en région ou en ville, population jeune ou plus âgée, population à faible revenu ou plus aisée, mais également le niveau de sévérité des cas des patients de l’établissement peuvent avoir un impact sur les performances de l’Hôpital. Heureusement, ces facteurs sont mesurables et l’on peut en tenir compte dans une analyse de performance. Malgré une les analyses économétriques ou autres qui prennent en compte ces différences, il est bien clair que beaucoup établissements ont beaucoup de chemin à faire pour obtenir une performance qui soit acceptable.

Alors, avant de tirer des pierres à des modèles que nous ne commençons qu’a explorer, il faudrait peut-être analyser la performance de notre modèle et l’améliorer. Certains commentateurs parlent de pérennité de notre modèle exemplaire. Je leur ferais remarquer que si la performance de nos établissements était améliorée à un point où les PPP ne pourraient plus compétitionner en terme d’efficacité, personne ne parlerait des PPP et l’argumentation serait close.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 9 juillet 2010

Les génériques à moitié prix au Québec

Déjà en 2006, la loi 102 Ontarienne avait permis au Québec d’abaisser le prix des génériques à 50% de celui des prix des produits de marque, maintenant il peut atteindre aussi peu que 25 % du prix des produits de marque. En fait, ce seuil est maintenant le prix maximal que l’assurance médicament publique du Québec va maintenant couvrir. Ce changement est drastique et va sauver pas moins de 164 millions de dollars à l’assureur public selon les estimations actuelles. Par contre, une hausse de la demande pour ces produits pourrait occasionner des économies encore plus substantielles.

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La diminution rapide des prix des génériques est possible grâce à la loi québécoise des prix minimums. Le Québec doit avoir, en tout temps, le prix public le plus bas de toutes les provinces canadiennes. Le ministre à donc plus de flexibilité et n’a donc pas trop de travail sur la planche, il ne fait qu’appliquer la loi.

J’ai récemment mené une étude qui concluait qu’une diminution du prix des génériques même beaucoup moins importante que celle annoncée par le gouvernement augmente significativement les parts de marché des produits génériques dans le marché. Ainsi, la demande risque de faire augmenter les économies de beaucoup plus que les estimations le prédisent. De plus, plusieurs médicaments de marque qui ont été des blockbusters des dernières années vont voir des copies génériques arrivées sur le marché dès que leurs brevets échouent, soit dans les prochains mois ou années. Par exemple, le Lipitor et le Plavix qui sont des médicaments très populaires vont être concurrencés de la sorte.

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L’économie est importante, mais occasionne des problèmes internes dans le marché de la production et de la distribution de médicament.  Premièrement, les compagnies génériques protestent et signent en menaçant de fermer des usines ou de diminuer la R&D en création de génériques. On parle ici de près de 5,000 emplois ce qui est très important. Par contre, le Québec à une politique de développement économique en pharmaceutique qui vise à générer de la recherche et développement et ces entreprises sont très favorisées de rester au Québec qui est la province en Amérique du Nord où les compagnies pharmaceutiques ont globalement les meilleurs déductions d’impôts et crédits de toutes sortes. Quitter le Québec serait donc une très mauvaise idée pour ces compagnies et je trouve cette menace très peu crédible. Une menace crédible en ce qui a trait aux compagnies de marque est le tranfert de la recherche et du développement dans les pays en voie de développement, mais les compagnies génériques ne vont certainement pas délocaliser leurs usines de production de médicaments étant donné les restrictions de production très strictes que leur impose Santé Canada.

Comme les économistes pharmaceutiques le répètent depuis plusieurs années, au Canada la réelle économie possible sur les médicaments se trouve dans les génériques et cette politique vise directement le gros des économies possibles. Il est difficile de diminuer plus le prix des médicaments innovateurs que le fait le PMPRB soit l’organisme qui s’occupe de limiter le prix des médicaments au Canada, car il faut quand même payer un prix raisonnable pour ces derniers pour encourager l’industrie, mais également l’innovation locale.

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Un autre problème interne généré par la loi est la rémunération des pharmaciens. Comme le prix des médicaments génériques chute de moitié, la rémunération des pharmaciens qui est en grande partie liée aux prix des médicaments, mais encore plus lorsqu’il s’agit des produits génériques est substantiellement réduite. Contrairement aux pharmaciens de l’Ontario, les pharmaciens du Québec semblent vouloir participer à la réforme et faire appel au gouvernement pour leur venir en aide, comme Jean Coutu lors de l’assemblée annuelle des actionnaires. Je crois que cette stratégie est largement plus intelligente que celle utilisée par les  compagnies ontariennes qui menacent de fermer des pharmacies et de militer farouchement. Les compagnies québécoises n’ont proféré aucune menace et ont probablement une plus grande chance de trouver une oreille attentive dans les ministères du Québec. L’aide aux pharmaciens pourrait facilement venir d’une modification des frais de dispense ou d’une augmentation des autres charges octroyées aux pharmaciens lorsqu’il prescrit des médicaments.

Je donne donc un gros A+ à cette politique et félicite le ministre d’avoir suivi l’exemple de l’Ontario. Aucun effort politique ou médiatique de grande envergure ne fut nécessaire, cette politique étant très populiste, mais il a quand même fallu se tenir droit devant l’industrie générique.

Voir les autres articles sur le secteur pharmaceutique et les génériques

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

www.healtheconomicconsultant.com

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