Cet article répond à plusieurs questions qui ont été posées ces derniers temps sur le blogue.
Quel est le montant dépensé en santé au Québec? Quelle est la croissance?
Environ 29,14 MM$ en 2011-2012 (budget) par le gouvernement du Québec et de 27,96 MM$ en 2010-2011 (budget), soit 4,2 % de croissance entre les deux années selon le budget. La croissance se situait entre 5 et 7 % au cours des années antérieures (IMS). Les dépenses totales en santé au Québec (privé + public) représentent environ 40 MM$ en 2010 et 42 MM$ en 2011, soit une croissance d’environ 5 %.
Malgré le fait que ces dépenses semblent hors de contrôle, des efforts sont déployés par le ministère de la Santé pour réduire la croissance des dépenses en santé. De grands projets d’amélioration de la performance sont également en cours principalement dans les urgences et les services à domicile.
Quel est le montant dépensé en médicament? Quelle est la croissance?
L’assurance médicament (RAMQ) a reçu environ 1,5 MM$ de revenu des assurés en 2009-2010 et a dépensé 3,9 MM$ pour soigner ces participants. Il s’agit donc d’une dépense d’environ 2,4 MM $ pour le gouvernement pour cette assurance publique pendant une année. Ce régime représente un peu moins de 10 % des dépenses en santé au Québec. Ces données sont seulement pour le système public de médicaments.
Lorsque l’on inclut les dépenses privées en médicaments, soit les achats de médicaments non prescrits au comptoir des pharmacies et les assurances privées, les médicaments représentent environ 18 % des dépenses totales en santé (IMS). La croissance de ces dépenses était de 5,8 % dans la dernière année. Au cours des quatre dernières années, l’augmentation moyenne fut de 6,6 % (ministère finance).
Aux débuts des années 2000, la croissance pouvait atteindre jusqu’à 15 % de croissance des dépenses en médicaments, mais maintenant on parle de 4 à 6 %. La croissance des coûts est donc en ralentissement.
Qu’est-ce qui explique cette croissance?
Les nouveaux médicaments sont développés avec de nouvelles technologies qui sont beaucoup complexes que les médicaments précédents. Les coûts de production ainsi que les coûts de R&D ont augmentés de manière exponentielle pour les compagnies pharmaceutiques ce qui explique ces hausses très importantes des prix pour le patient. La hausse des prix est dangereuse pour les pharmaceutiques, car elle entraîne une diminution de la consommation (ou de la croissance de la consommation).
Le phénomène de la générisation des médicaments est également important dans cette tendance. Puisque la majorité des brevets des médicaments miracles de la décennie passée se sont terminés dans les 2 deux dernières années, les pharmaceutiques ont vu leurs revenus et profits diminuer. Avant les années 2000, les compagnies pharmaceutiques pouvaient compter sur les vieux médicaments qui étaient des vaches à lait et procurant beaucoup de revenus sans coûts fixes importants et de faibles coûts variables. La tendance des systèmes publics à privilégier et des patients à utiliser systématiquement des produits génériques ne permet plus d’obtenir des revenus d’anciens médicaments et de financer la recherche avec ces revenus. Les compagnies pharmaceutiques ont donc dû trouver une autre manière de financier la recherche et le prix des médicaments fait partie de la solution.
Quelle est l’importance du secteur pharmaceutique au Québec?
Avant la récession, la présence de nombreuses biotechs permettait d’identifier ce secteur comme un secteur bien en vie. Plusieurs grandes pharmas avaient également des usines et des centres de R&D.
Depuis la récession, les biotechs ont eux de grandes difficultés de financement et les grandes pharmas ont dû restructurer leurs productions et installations.
Tendance des 10 dernières années;
- Difficultés à innover pour les grandes pharmas;
- Processus de recherche de plus en plus long (10 à 12 ans, quelques fois jusqu’à 15 ans)
- Augmentation fulgurante des coûts de développement des médicaments;
- Fusions de grandes pharmas et acquisition de biotech par les grandes multinationales (Pour le rachat des brevets) ;
- Arrivée sur le marché de « me too » drug, c.-à-d. des médicaments considérés comme relativement similaires aux médicaments sur le marché (différence mineure dans les effets secondaires ou les effets primaires, pas de manière significative, mais sur des niches)

Le secteur représente maintenant environ 10 000 Emplois en fabrication de produits pharmaceutiques. La basse de 30 % au cours des 5 dernières années au Québec est déplorable, mais il faut garder en tête que se secteur peut redevenir un secteur important dans le futur.
Pourquoi les médicaments semblent-ils plus difficilement accessibles de nos jours?
L’évaluation des médicaments avec des critères dans le système public peut apparaître comme limitant l’accès aux médicaments ou aux nouveaux traitements. Il faut comprendre que ce facteur n’affecte que l’assurance publique et non l’assurance privé. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette impression.
- La présence de plus en plus de médicaments similaires avec une croissance des prix nécessite une évaluation des médicaments, pour s’assurer que les médicaments sur la liste publique de médicaments sont payés à un prix juste pour le gouvernement.
Au Québec, le Conseil des médicaments évalue selon trois critères, soit l’aspect thérapeutique (la valeur thérapeutique est t’elle démontré), l’aspect économique (justesse du prix) et l’aspect social (impact sur la population et l’accès aux médicaments).
- Le système Québécois est probablement le système le plus intégré et le moins susceptible d’influence au Canada. Seul le ministre de la santé peut modifier une décision du Conseil.
- Dans le reste du canada, une agence centrale d’évaluation donne son opinion et les provinces décident avec leurs propres critères.
- Ce phénomène explique pourquoi l’accessibilité aux médicaments est si différente au Canada (dépend de la province, des régimes sont plus restrictifs et d’autres plus généreux);
Les médecins sont-ils influencés par les compagnies pharmaceutiques?
Personnellement je ne crois aucunement que les médecins sont influençables facilement ou sont influencés. Je pars toujours avec la prémisse que les médecins sont très bien placés pour déterminer si le médicament est bon ou non pour leurs patients et qu’ils jugent par eux-mêmes. De plus, les lois canadiennes sont assez restrictives concernant les cadeaux et l’influence dans le secteur pharmaceutique.
L’effet des compagnies pharmaceutiques est souvent de faire connaître les nouveaux médicaments sur le marché, les nouvelles indications ou l’inclusion dans la liste des médicaments d’une province. Les compagnies utilisent de plus en plus des spécialistes de liaison médicale qui sont des médecins ou des phd plutôt que des représentants. Le but est de communiquer de manière scientifique les nouveautés et non d’influencer.








L’analyse de la performance existe dans le secteur de la santé, mais ces analyses de performance s’intéressent principalement au côté clinique tout en analysant sommairement le côté financier. S’intéresser uniquement à un seul aspect soit l’aspect clinique ou l’aspect financier peut-être trompeur dans une analyse complète de la performance. Certes, il est évident que lorsque des cliniciens se penchent sur la desserte thérapeutique d’une unité de soin, ils évaluent seulement le côté clinique, mais ceci ne constitue pas ce que j’appellerais une analyse complète de la performance, mais seulement une analyse partielle.
Je discute depuis le début de l’article de performance financière et de performance clinique, mais je ne discute pas de performance économique. L’analyse économique pourrait amener énormément à l’analyse de la performance au Québec. Ce type d’analyse pourrait devenir un pilier l’évaluation des soins tant au niveau opérationnel qu’au niveau macroscopique. Je ne parle pas ici simplement des études telles que la DES (data envelopment analysis) ou de l’analyse de frontière, mais bel et bien d’utilisation d’indicateur économique pour analyser la performance des établissements. Par contre, le secteur de la santé doit laisser une petite place aux économistes de la santé pour que ce type de méthode d’analyse prenne de la place dans le secteur.





















