Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Le coût des médicaments et du système de santé au Québec : Les faits

Cet article répond à plusieurs questions qui ont été posées ces derniers temps sur le blogue.

Quel est le montant dépensé en santé au Québec? Quelle est la croissance?

Environ 29,14 MM$ en 2011-2012 (budget) par le gouvernement du Québec et de 27,96 MM$ en 2010-2011 (budget), soit 4,2 % de croissance entre les deux années selon le budget. La croissance se situait entre 5 et 7 % au cours des années antérieures (IMS). Les dépenses totales en santé au Québec (privé + public) représentent environ  40 MM$ en 2010 et 42 MM$ en 2011, soit une croissance d’environ 5 %.

Malgré le fait que ces dépenses semblent hors de contrôle, des efforts sont déployés par le ministère de la Santé pour réduire la croissance des dépenses en santé. De grands projets d’amélioration de la performance sont également en cours principalement dans les urgences et les services à domicile.

Quel est le montant dépensé en médicament? Quelle est la croissance?

L’assurance médicament (RAMQ) a reçu environ 1,5 MM$ de revenu des assurés en 2009-2010 et a dépensé 3,9 MM$ pour soigner ces participants. Il s’agit donc d’une dépense d’environ 2,4 MM $ pour le gouvernement pour cette assurance publique pendant une année. Ce régime représente un peu moins de 10 % des dépenses en santé au Québec. Ces données sont seulement pour le système public de médicaments.

Lorsque l’on inclut les dépenses privées en médicaments, soit les achats de médicaments non prescrits au comptoir des pharmacies et les assurances privées, les médicaments représentent environ 18 % des dépenses totales en santé (IMS).  La croissance de ces dépenses était de 5,8 % dans la dernière année. Au cours des quatre dernières années, l’augmentation moyenne fut de 6,6 % (ministère finance).

Aux débuts des années 2000, la croissance pouvait atteindre jusqu’à 15 % de croissance des dépenses en médicaments, mais maintenant on parle de 4 à 6 %. La croissance des coûts est donc en ralentissement.

 

Qu’est-ce qui explique cette croissance?

Les nouveaux médicaments sont développés avec de nouvelles technologies qui sont beaucoup complexes que les médicaments précédents. Les coûts de production ainsi que les coûts de R&D ont augmentés de manière exponentielle pour les compagnies pharmaceutiques ce qui explique ces hausses très importantes des prix pour le patient. La hausse des prix est dangereuse pour les pharmaceutiques, car elle entraîne une diminution de la consommation (ou de la croissance de la consommation).

Le phénomène de la générisation des médicaments est également important dans cette tendance. Puisque la majorité des brevets des médicaments miracles de la décennie passée se sont terminés dans les 2 deux dernières années, les pharmaceutiques ont vu leurs revenus et profits diminuer. Avant les années 2000, les compagnies pharmaceutiques pouvaient compter sur les vieux médicaments qui étaient des vaches à lait et procurant beaucoup de revenus sans coûts fixes importants et de faibles coûts variables. La tendance des systèmes publics à privilégier et des patients à utiliser systématiquement des produits génériques ne permet plus d’obtenir des revenus d’anciens médicaments et de financer la recherche avec ces revenus. Les compagnies pharmaceutiques ont donc dû trouver une autre manière de financier la recherche et le prix des médicaments fait partie de la solution.

 

Quelle est l’importance du secteur pharmaceutique au Québec?

Avant la récession, la présence de nombreuses biotechs permettait d’identifier ce secteur comme un secteur bien en vie. Plusieurs grandes pharmas avaient également des usines et des centres de R&D.

Depuis la récession, les biotechs ont eux de grandes difficultés de financement et les grandes pharmas ont dû restructurer leurs productions et installations.

Tendance des 10 dernières années;

  • Difficultés à innover pour les grandes pharmas;
  • Processus de recherche de plus en plus long (10 à 12 ans, quelques fois jusqu’à 15 ans)
  • Augmentation fulgurante des coûts de développement des médicaments;
  • Fusions de grandes pharmas et acquisition de biotech par les grandes multinationales (Pour le rachat des brevets) ;
  • Arrivée sur le marché de « me too » drug, c.-à-d. des médicaments considérés comme relativement similaires aux médicaments sur le marché (différence mineure dans les effets secondaires ou les effets primaires, pas de manière significative, mais sur des niches)

Le secteur représente maintenant environ 10 000 Emplois en fabrication de produits pharmaceutiques. La basse de 30 % au cours des 5 dernières années au Québec est déplorable, mais il faut garder en tête que se secteur peut redevenir un secteur important dans le futur. 

  

Pourquoi les médicaments semblent-ils plus difficilement accessibles de nos jours?

L’évaluation des médicaments avec des critères dans le système public peut apparaître comme limitant l’accès aux médicaments ou aux nouveaux traitements. Il faut comprendre que ce facteur n’affecte que l’assurance publique et non l’assurance privé. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette impression.

  • La présence de plus en plus de médicaments similaires avec une croissance des prix nécessite une évaluation des médicaments, pour s’assurer que les médicaments sur la liste publique de médicaments sont payés à un prix juste pour le gouvernement.

Au Québec, le Conseil des médicaments évalue selon trois critères, soit l’aspect thérapeutique (la valeur thérapeutique est t’elle démontré), l’aspect économique (justesse du prix) et l’aspect social (impact sur la population et l’accès aux médicaments).

  • Le système Québécois est probablement le système le plus intégré et le moins susceptible d’influence au Canada. Seul le ministre de la santé peut modifier une décision du Conseil.
  • Dans le reste du canada, une agence centrale d’évaluation donne son opinion et les provinces décident avec leurs propres critères.
  • Ce phénomène explique pourquoi l’accessibilité aux médicaments est si différente au Canada (dépend de la province, des régimes sont plus restrictifs et d’autres plus généreux);

Les médecins sont-ils influencés par les compagnies pharmaceutiques?

Personnellement je ne crois aucunement que les médecins sont influençables facilement ou sont influencés. Je pars toujours avec la prémisse que les médecins sont très bien placés pour déterminer si le médicament est bon ou non pour leurs patients et qu’ils jugent par eux-mêmes. De plus, les lois canadiennes sont assez restrictives concernant les cadeaux et l’influence dans le secteur pharmaceutique.

L’effet des compagnies pharmaceutiques est souvent de faire connaître les nouveaux médicaments sur le marché, les nouvelles indications ou l’inclusion dans la liste des médicaments d’une province. Les compagnies utilisent de plus en plus des spécialistes de liaison médicale qui sont des médecins ou des phd plutôt que des représentants. Le but est de communiquer de manière scientifique les nouveautés et non d’influencer.

L’utilisation des infirmières cliniciennes et praticiennes dans le système constituerait, selon moi, l’un des plus grands potentiels d’économies pour le système de santé.  

La situation est simple. Les médecins sont payés à l’acte. Ils doivent donc maximiser le nombre d’actes pour maximiser leur revenu. D’un autre côté, pour maximiser le nombre d’actes, ils doivent minimiser le temps passé avec chaque patient. Par définition, un nouveau patient doit être écouté, diagnostiqué et traité. Souvent ce processus ne prend qu’une seule ou deux rencontres, mais ces rencontres seront beaucoup plus longues que la moyenne, car il faut comprendre la maladie et éviter les erreurs. Le médecin devra donc trouver une manière de suivre un certain nombre de patients chroniques pour s’assurer une rémunération constante et éviter les longues étapes qu’un nouveau patient nécessite. Une fois son pipeline de patients rempli, il ne pourra suivre que très peu de nouveaux patients ou de patients sans rendez-vous. Selon moi, ce phénomène explique pourquoi les Québécois n’ont pas tous de médecins de famille.

Il faudrait redéfinir le rôle des médecins pour que les interventions qu’ils font soient réellement ajustées à leur niveau de spécialisation, soit le plus haut niveau du système de santé. Pour se faire, il faut réévaluer la méthode de paiement des médecins. Il faut également s’assurer que les autres professionnels de la santé peuvent faire leur juste part.

Les cliniques d’infirmières praticiennes et cliniciennes présentent dans plusieurs provinces et pays auraient un effet important sur le système de santé en soulageant les médecins des interventions de suivi et le traitement de plusieurs maladies chroniques. Les infirmières étant payées par année, elle passe beaucoup plus de temps avec les patients et peuvent ainsi s’occuper de l’ensemble de la santé du patient et de sa situation complète.

Le médecin doit être utilisé pour les diagnostics et les traitements les plus complexes. Je serais très étonné que les médecins, en général, n’aiment pas soigner les patients les plus malades. Ces spécialistes sont dans les plus éduqués et informés de l’économie et doivent nécessairement aimer les défis et les cas complexes. Le problème est que leur rémunération ne leur permet pas de passer beaucoup de temps sur les cas intéressants médicalement puisqu’ils ne seraient pas en mesure de maximiser leur revenu. Je ne dis pas que les médecins ne font que maximiser leur revenu, mais plutôt que ce facteur entre dans leur décision de quantité de patients complexe vs les patients plus facile à suivre.

Une solution serait donc d’utiliser les infirmières universitaires (praticiennes et cliniciennes) le plus possible pour libérer le système de santé et permettre aux médecins de s’occuper des cas les plus difficiles et les plus urgents tout en obtenant une rémunération à leur hauteur. Les infirmières pourraient être utilisées dans des cliniques, d’infirmières, dans les urgences, dans les GMF et dans les cliniques sans rendez-vous. Je pense que cette seule solution, implanter à grande échelle et en gardant un souci de performance, pourrait régler une grande partie des problèmes de santé au Québec tels que l’engorgement des urgences, le manque de médecins de famille, l’impossibilité (ou presque) d’aller dans une clinique sans rendez-vous.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Série sur la diminution des coûts en santé : Les pharmaciens

Le gouvernement a récemment annoncé qu’il évaluerait la possibilité d’augmenter les droits des pharmaciens dans le système de santé. Il y a déjà plusieurs années que cette possibilité est évoquée par les pharmaciens et d’autres acteurs. D’un point de vue strictement économique, cette possibilité pourrait avoir de nombreux effets positifs sur le secteur de la santé.

Premièrement, certaines prescriptions pourraient être renouvelées par le pharmacien plutôt que de retourner voir le médecin chaque année (ou plus souvent). Le renouvellement des prescriptions pas les médecins est beaucoup plus coûteuse que le renouvellement par le pharmacien ce qui constitue un avantage direct en terme économique pour le système.

Un avantage économique indirect serait la diminution de l’utilisation des médecins pour des traitements à faible valeur ajoutée. Comme le renouvellement ne peut généralement pas être considéré comme un acte médical à forte valeur ajoutée, retirer ce type d’acte au médecin permet d’augmenter la valeur moyenne des interventions des médecins. Donc les médecins auront plus de temps pour traiter les nouveaux problèmes médicaux et passeront moins de temps à traiter la récurrence. Une augmentation de la valeur moyenne des traitements des médecins implique une plus grande valeur moyenne des médecins pour le système de santé.

Face à une grande substitution des actes à faibles valeurs ajoutées des médecins pour des actes à forte valeur ajoutée par différentes techniques telles que l’utilisation d’infirmières cliniciennes / praticiennes ou de pharmaciens, les médecins devront renégocier leur tarification. Cette étape est essentielle. D’un autre côté, ils devront traiter plus de nouveaux patients et augmenter le nombre de personnes qu’ils suivent comme médecin de famille.

Le plan du gouvernement d’avoir un médecin de famille par personne paraît une utopie à ce point dans le temps, mais une bonne utilisation de toutes les ressources médicales et une optimisation de la valeur ajoutée permettra peut-être un jour de voir ce type de projet se concrétiser.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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Publié par : Gabriel Tremblay | 4 janvier 2012

Série sur la diminution des coûts en santé : Les ambulanciers

Les ambulanciers auront bientôt des droits supplémentaires quant aux soins qu’ils peuvent prodiguer aux patients qu’ils transportent. Il était temps. Il ne faut pas oublier que l’ambulancier à une formation collégiale et que ses compétences sont souvent sous-utilisées étant donné les règles en place.

Comme le gouvernement a agi sur cet aspect, nous ne tournerons pas le fer dans la plaie, mais il faut tout de même suivre le dossier pour s’assurer que les ambulanciers puissent aider les patients au maximum de leurs compétences.

Il faut garder en tête que les nouvelles technologies seraient en mesure d’appuyer les ambulanciers dans leur travail. On peut imaginer des communications avec le médecin qui prendra en charge le patient à son arrivée. Les ambulanciers auraient donc le pouvoir de soigner le patient tout en ayant l’appui et l’opinion de personnels médicales de toutes sortes.

Par contre, l’utilisation des ambulanciers n’est pas pour autant une technique efficace pour sauver des coûts que pour améliorer le service aux clients et, si possible, augmenter la probabilité de survie d’un transport en ambulance.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 14 avril 2011

La demande pour les médicaments

Aspect concurrentiel du marché

Si vous connaissez la théorie économique, vous savez que le prix est l’un des principaux facteurs de la concurrence ainsi que de la quantité demandée d’un produit. Dans le premier cas, la concurrence se joue régulièrement par rapport aux prix. On peut penser à la concurrence parfaite (beaucoup de concurrents et des produits presque identiques), mais également pour les marchés oligopolistiques (moins de produits et des différences modérées entre les produits).

Dans le cas de la quantité demandée d’un produit, l’offre d’un produit et la demande (volonté de payer) vont déterminer la quantité consommée et produite sur le marché, ainsi que le prix.

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Dans le marché des médicaments, c’est un peu différent, car c’est un marché que l’on dit à “différenciation de produit“. C’est-à-dire que les produits ne sont généralement pas identiques lorsqu’ils sont brevetés. Les produits sont développés par les compagnies pharmaceutiques dans le but de combler un besoin qui n’est pas actuellement comblé. Par exemple, une compagnie peut développer un produit qui réduit les effets secondaires des produits qui sont actuellement en marché. D’un autre côté, une compagnie peut arriver à découvrir une molécule qui améliore les effets thérapeutiques par rapport aux médicaments actuellement disponibles. Certains nouveaux médicaments vont également cibler certaines exceptions médicales, soit des conditions propres à certains types de patient. On appelle ces médicaments, des médicaments de niche. Lorsqu’un médicament est le premier à traiter une maladie, on dit que ce dernier est un produit orphelin (orphan drug).

Lorsque les molécules brevetées sont uniques (orpheline ou de niche), on peut considérer ce marché comme un marché monopolistique dans la plupart des cas.

D’un autre côté, un médicament entrant dans le marché qui aurait des effets thérapeutiques très similaires aux médicaments déjà présents sur le marché est appelé un « me too drug ». Ainsi, les classes où plusieurs médicaments sont très similaires sont des environnements oligopolistiques.

Médicaments, demande, économie de la santé

Dès que le brevet est échu, la concurrence devient “par les prix” car les produits génériques entrent dans le marché. Une concurrence par les prix est généralement beaucoup plus active et dynamique que la concurrence très statique de la différenciation du produit. La raison de la fixité de la concurrence par la différenciation des produits est que le marché des médicaments en est un de recherche et développement. La recherche et le développement d’un médicament prennent souvent plus de 10 ans ce qui occasionne une certaine stagnation des stratégies concurrentielles. Les compagnies se sont donc trop habituées à des marchés monopolistiques ou oligopolistiques et ce retirent très rapidement des marchés de concurrence parfaite laissant beaucoup de place aux compagnies génériques. Il y a quinze ans, ce manque d’originalité et de stratégie concurrentielle n’était pas un problème important étant donné l’arrivée constante de plusieurs médicaments avec un fort potentiel de vente. Par contre, cette décennie est très différente avec des difficultés pour les compagnies pharmaceutiques à innover, ainsi qu’un marché générique très important et en forte croissance. De plus, les gouvernements mettent de plus en plus de pression pour la générisation (utilisation des génériques) dans l’utilisation des médicaments.

La demande de médicament

Un aspect crucial dans le choix du médicament est la relation principal-agent entre le médecin et le patient. Le médecin et le patient ont un rôle à jouer dans le niveau de qualité du médicament choisi, ainsi que dans le prix qui devra être payé pour ce produit. On appelle cet aspect le rapport coût-efficience. Il est évident que le médecin n’a pas à payer ce médicament, mais le patient devra en payer la totalité, soit dans sa prime d’assurance ou dans son copaiement. Pour le patient couvert par le secteur public, le patient paie également un copaiement et une franchise, mais va généralement assumer une plus petite partie du coût total.

Pour identifier les facteurs influençant la demande de médicament, il faut mettre en perspective la concurrence sur ce marché et les incitations des consommateurs.

Ainsi, pour résumer mon argumentaire, je dirais que la demande dépend principalement de :

1. Le rapport qualité-prix (que l’on appelle coût-efficience), c’est à dire le prix par rapport à l’effet thérapeutique

2. La différenciation du produit (moins d’effets secondaires, plus d’effets primaires positifs, pour une niche de patient, produit sanguin (hôpitaux) ou produit oral (patient à la maison)

3. Le prix des produits concurrents ou des produits similaires, l’existence de générique pour des produits similaires

Voir l’article suivant :

Relation Principal-Agent

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 15 novembre 2010

L’analyse de la performance en santé au Québec

Voici une question qui mérite d’être posée : Pourquoi l’analyse de la performance n’est pas répandue dans le système de santé Québecois?

Frome lute 1 (stovk exchange)L’analyse de la performance existe dans le secteur de la santé, mais ces analyses de performance s’intéressent principalement au côté clinique tout en analysant sommairement le côté financier. S’intéresser uniquement à un seul aspect soit l’aspect clinique ou l’aspect financier peut-être trompeur dans une analyse complète de la performance. Certes, il est évident que lorsque des cliniciens se penchent sur la desserte thérapeutique d’une unité de soin, ils évaluent seulement le côté clinique, mais ceci ne constitue pas ce que j’appellerais une analyse complète de la performance, mais seulement une analyse partielle.

Une analyse complète de l’aspect financier et thérapeutique des soins doit être effectuée pour réellement être considérée comme une analyse de la performance et pouvoir mettre les choses en perspective. Les soins que nous offrons sont-ils bons? Notre fréquence ou notre intensité de services est-elle trop élevée (ou pas assez)? Le coût pour ces soins est-il correct? La productivité des intervenants est-elle suffisante? Les coûts administratifs en santé sont-ils trop importants ?

Tous les différents aspects mentionnés dans le dernier paragraphe sont d’une importance capitale dans un système de soin qui gère efficacement les ressources limitées. Par contre, les réponses à ces questions sont trop souvent inconnues des gestionnaires du système de la santé, soit par manque de ressource compétente pour les analyser, par manque d’intérêt ou par manque de temps.

Je crois que l’analyse de la performance économique peut et doit être menée par des consultants dans le secteur de la santé. Premièrement, ces derniers sont des ressources externes qui ne sont pas influencées par les préconceptions internes de l’établissement ainsi que par la pression des dirigeants. Leur mandat est généralement clair soit d’identifier les centres d’activités performant comparativement aux autres établissements de santé ainsi que d’analyser les améliorations et les dégradations de la performance au cours des années précédentes pour l’établissement à l’étude. Deuxièmement, les consultants vont produire un rapport d’expert précis qui permet aux gestionnaires de cibler les secteurs dont la performance est la plus faible. Ce rapport pourra être utilisé comme une forme de preuve.

Économie de la santé, performance économique Je discute depuis le début de l’article de performance financière et de performance clinique, mais je ne discute pas de performance économique. L’analyse économique pourrait amener énormément à l’analyse de la performance au Québec. Ce type d’analyse pourrait devenir un pilier l’évaluation des soins tant au niveau opérationnel qu’au niveau macroscopique. Je ne parle pas ici simplement des études telles que la DES (data envelopment analysis) ou de l’analyse de frontière, mais bel et bien d’utilisation d’indicateur économique pour analyser la performance des établissements. Par contre, le secteur de la santé doit laisser une petite place aux économistes de la santé pour que ce type de méthode d’analyse prenne de la place dans le secteur.

Quelles en sont les répercussions et les causes de la sous-utilisation de l’analyse de performance au Québec?

Les répercussions sont importantes. La faible productivité dans le secteur de la santé au Québec implique de longues listes d’attente principalement pour les opérations mineures, des temps d’attente record dans les urgences et une accessibilité à des soins de base extrêmement restreinte.

Je crois que l’effet secondaire le plus important à une mauvaise performance du secteur de la santé est le questionnement de plus en plus omniprésent sur la nécessité d’ouvrir les portes du secteur privé. Le grave manque de performance du secteur public amène à le requestionner et à envisager d’autres solutions ce qui est extrêmement important.

Il y a donc deux défis pour le secteur de la santé. Premièrement, à moyen terme, le secteur de la santé au Québec devra démontrer qu’il est capable de survivre et de ne pas s’effondrer dans une période de coupure budgétaire (loi 100, etc). Deuxièmement, à long terme, le secteur de la santé devra faire mieux avec moins, soit améliorer sont rapport coût-efficacité, pour démontrer son utilité et sa pertinence.

Je crois pertinemment qu’un secteur public peut effectivement coûter moins cher pour des services presque équivalents à un secteur privé. Le secteur de la santé du Québec doit maintenant le prouver et y jouer son avenir.

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 19 septembre 2010

Prévention : La vaccination massive est t’elle toujours rentable

Une telle question peut sembler étrange puisque l’on se fait répéter constamment par les agences de santé et le ministère que la prévention est très rentable et que l’on sauve de nombreuses vies avec des mesures préventives de la sorte. La littérature économique semble indiquer une réponse quelque peu différente pour la grande majorité des actes préventifs. Répondons à certaines questions que plusieurs d’entre vous pourraient de poser sur la rentabilité économique des stratégies préventives.

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Quelles sont les méthodes qui analysent la rentabilité économique des vaccins et des interventions préventives? Les analyses coût-bénéfice et les analyses coût-utilité sont les plus souvent utilisées pour analyser la rentabilité économique des vaccins. La quantité d’études existantes sur le sujet donne une bonne base de comparaison à tout économiste voulant faire une étude sur le sujet. Cette littérature très vaste permet également de tirer des conclusions plus générales sur les actes préventifs. L’analyse coût-bénéfice compare des bénéfices sociaux (productivité, vies sauvées, soins de santé économisés) à des coûts économiques (déplacement, coûts directs des soins de santé, autres coûts indirects). L’étude coût-utilité va comparer des bénéfices en termes d’extrant clinique, soit des années de vie de plus ou autres, à des coûts économiques. Ces études sont solidement appuyées par la théorie économique et largement répandue dans le milieu de l’économie de la santé.

Quelles sont les conclusions générales des littératures économiques sur la vaccination préventive? Plusieurs méta-analyses et études de compilation sur les stratégies préventives (incluant la vaccination) des résultats arrivent au même constat, soit qu’environ 80 % des interventions préventives seraient non rentables économiquement. Ainsi, le résultat est que le coût de la vaccination massive est supérieur au coût de soigner les gens qui tomberaient malades ainsi que tous les coûts en terme de productivité qu’occasionneraient ces maladies (journées de congé maladies…).  La rentabilité annoncée par tous les cliniciens n’est donc pas au rendez-vous.

Pourquoi la rentabilité économique n’est-elle pas au rendez-vous? Plusieurs raisons peuvent expliquer que ces interventions préventives ne soient pas au rendez-vous. Quatre principaux facteurs peuvent être considérés comme une bonne base pour comprendre quelle sera la rentabilité d’un acte préventif.

  1. La prévention auprès de la population complète est généralement beaucoup moins rentable que le ciblage de certaines populations à risque.
  2. La prévention pour les enfants est plus rentable que pour les personnes plus âgées.
  3. Les actes préventifs pour prévenir les maladies chroniques, les maladies mortelles ou celles qui causent des invalidités sont plus rentables que les interventions pour prévenir des maladies courantes et très rarement mortelles.
  4. Ajoutons un quatrième facteur qui concerne plus les pays en développement. La rentabilité des vaccins sera moins importante si les gens malades ont accès à des soins de santé rapides et sans attente, spécialisés, de qualité et sans risque de contamination autre (infections, autres virus).  

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Il faut par contre indiquer un biais que ces études sur la rentabilité peuvent contenir. Il s’agit de la vaccination comme bien public. Comme la majorité des populations dans les pays riches sont vaccinées pour toutes sortes de maladies, toutes ces personnes ne peuvent pas contaminer les autres personnes. D’un autre côté, si ces personnes n’étaient pas vaccinées contre un certain virus très virulent, une seule personne pourrait donner son virus à des centaines de personnes causant ainsi une épidémie. Les personnes vaccinées deviennent donc des barrières à l’épidémie pour ces virus. Ainsi, dans un monde ou personne est vacciné, il serait probablement fortement rentable de se faire vacciner, car la probabilité d’attraper la maladie serait très grande, mais dans un monde où tous les gens sont vaccinés, la rentabilité d’être vacciné est moindre. Cet externalité positive n’est donc pas mesurée dans ces études.

 

En bref

  • Les actes préventifs ne sont pas tous rentables économiquement;
  • La rentabilité des vaccins est généralement fonction de la gravité de la maladie, de la population ciblée, de l’âge de la population ciblée et de l’accès aux soins de santé pour cette population;
  • La vaccination des populations constitue un bien public et cet aspect est souvent négligé dans les études économiques

Voir l’article sur les biens publics

Voir l’article sur les études coût-bénéfice et les études coût-utilité

Voir l’article sur les externalités positives

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

économie de la santé

 

Une question concernant la demande et l’offre des médicaments m’a été posée et je tenterai d’y répondre dans cet article. Avant de répondre à cette question qui concernait plusieurs aspects du marché pharmaceutique, il est important de faire des distinctions claires entre les segments de marché et les caractéristiques de chacun des segments.

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 Trois segments existent dans le marché pharmaceutique soit les médicaments de marque, les médicaments innovants (nouveaux) et les médicaments génériques. Les médicaments de marque étaient des médicaments de type innovant qui ont vu leur brevet expiré au cours des dernières années et sont donc en concurrence avec les produits génériques. Les médicaments innovants sont de nouveaux médicaments sur le marché qui est protégé par leur brevet contre la copie. Les médicaments génériques sont des copies des médicaments de marques. Les compagnies pharmaceutiques innovatrices (biotech et pharma) produisent des produits de marque et des produits innovateurs et les compagnies génériques produisent seulement des génériques, soit des copies.

Ces deux types de compagnies vivent donc de deux business complètement différents soit le développement de nouveaux médicaments par la R&D dans le cas des compagnies pharmaceutiques et de la copie dans le cas des compagnies génériques.

Voici maintenant la question :

« J’entends souvent dire de la part des économistes “libéraux” qu’il faudrait supprimer les lois qui “fixent” un prix plafond pour les médicaments. Je suis malgré tout un peu perplexe…

Ils ont deux arguments à cela :

1) l’augmentation des prix et donc des recettes incite à produire plus de médicaments. L’offre peut ainsi s’adapter à la demande, ce qui met fin à la pénurie.

2) l’augmentation des revenus donne des incitations à l’investissement en recherches pharmaceutiques

Permettre les prix de “filer” entraîne réellement une hausse de l’offre et de l’innovation ? Les prix administrés bloquent-ils l’offre de médicaments ?»

Premièrement, répondons à la première question : l’augmentation des prix et donc des recettes incite-t-elle à produire plus de médicaments? Je dois tout d’abord apporter une petite correction d’économiste à la première question. Dans le cas d’un retrait d’un prix plafond, c’est la quantité offerte et la quantité demandée qui s’ajusteraient et non pas l’offre. La distinction vient du fait que la courbe d’offre ne subit aucun déplacement venant d’un phénomène exogène. Le changement de prix est internalisé dans l’équilibre puisqu’il est fixé par un fonctionnaire. La courbe d’offre ou la courbe de demande ne bougent donc pas, c’est le prix imaginaire qui disparaît, laissant la quantité demandée et la quantité offertes s’équilibrer.

Économie de la santé, économie appliquée, offre et demande

Il faut également se méfier d’une réponse trop rapide à cette affirmation qui pourrait ressembler à ce qui suit : si les quantités offertes s’ajustent, pourquoi existe-t-il une pénurie de médicaments aux États-Unis pour certains médicaments quand les prix dans ce pays sont les plus élevés au monde? Tout d’abord, il y a pénurie mondiale de certains médicaments, mais les pays qui en souffrent le moins sont ceux où le prix est le plus élevé. La raison est simple, les compagnies au début d’une pénurie exportent les stocks de médicaments des pays ou les prix sont bas vers les pays ou les stocks sont hauts, ce qui est logique commercialement, et j’insiste sur le fait que cette logique n’est que commercial. Ainsi, les pays qui paient le gros prix souffrent moins des pénuries. Le problème ne vient pas entièrement du fait que les certains pays ont des prix moins élevés, mais également dans la capacité de production. Les compagnies pharmaceutiques doivent prévoir la demande plusieurs années à l’avance pour établir la production adéquate, car la plupart des médicaments nécessitent des infrastructures presque entièrement uniques, surtout à l’aire des produits biologiques. Ces infrastructures doivent également être approuvées par les gouvernements dans le but de respecter les réglementations très sévères dans les pays occidentaux concernant la production de médicaments.

Comme les prévisions ne sont jamais très bonnes, il peut rapidement y avoir pénurie et adapter la quantité offerte peut prendre plusieurs années. D’un autre côté, le prix très élevé d’un médicament dans un pays  qui subit une pénurie devient un fort incitatif à investir rapidement dans des infrastructures qui doivent être construites dans une vision de long terme. Ainsi, laisser le prix des médicaments retrouver son équilibre peut augmenter l’offre à long terme et même les incitations à investir dans les infrastructures de ce pays ou cette région.

Économie de la santé, économie appliquée, pillule 2

D’un autre côté, la hausse de prix va diminuer la quantité demandée qui était plus élevée que la quantité offerte du au prix fixé trop bas (définition de pénurie). Cette hausse de prix pourrait amener à une diminution de l’aléa moral, soit la surconsommation de médicaments. Par contre, il faut mentionner que, l’élasticité de la demande par rapport au prix étant très inélastique dans ce marché, la diminution de la consommation des gens les plus malades va probablement coûter beaucoup plus cher en terme social que la diminution de la surconsommation pourrait rapporter en terme économique.

En deuxième lieu, répondons à la question : l’augmentation des revenus amène t’elle des incitations à l’investir en recherches pharmaceutiques? Maintenant, il est temps de nous servir de la segmentation de l’offre faite un peu plus tôt. Dans le cas des compagnies pharmaceutiques innovatrices, la marge de profit est généralement de l’ordre de 10 % en moyenne sur les profits. Certains vont penser que ces chiffres sont trop élevés, mais ce secteur est l’un des plus risqués avec seulement 3 médicaments sur 10 qui vont faire leurs coûts et plus de 1,2 à 1,5 milliard de dollars de production par nouveaux médicaments. Ces compagnies doivent générer de très grand profit pour financer ces investissements en R&D et le financement par emprunt est très difficile étant donné le risque sous-jacent. Les deux grands buts des pharma sont de racheter de petites biotechs qui ont un gros pipeline de produits et de produire de nouveaux médicaments innovateurs qui vont révolutionner la manière de soigner les gens dans le but de récupérer un profit. Au cours des dernières années, les compagnies pharmaceutiques ont tranquillement diminué leur budget en R&D et la raison est que le marché est de moins en moins profitable étant donné que les compagnies génériques prennent de plus en plus de place dans le marché. Je dois conclure en affirmant que c’est la hausse des profits qui va amener un incitatif à produire plus de médicaments et à innover en terme de R&D et non le prix des médicaments. La tendance actuelle veut que le prix des nouveaux médicaments soit beaucoup plus élevé que les médicaments précédents, car ces nouveaux médicaments biologiques ont des coûts de développement et de production beaucoup plus importants que les molécules chimiques qu’ils remplacent.

Économie de la santé, économie appliquée, molécule

Ce qui fait le plus mal aux compagnies pharmaceutiques innovantes, ce n’est pas les prix qui sont plafonnés, mais plutôt les produits génériques qui ont inondé le marché juxtaposé à une incapacité des compagnies pharmaceutiques innovantes à développer des médicaments réellement innovateurs dans les cinq dernières années. La diminution des profits, des revenus et des marges sur les médicaments innovants rend ce marché plus difficile pour ce qui est de la rentabilisation financière et de la production de médicament. La difficulté à innover rend également ce marché plus risqué ce qui n’est pas positif non plus pour les perspectives d’investissements.

En ce qui a trait aux compagnies génériques, la seule R&D qu’ils font sert à copier les médicaments des autres. Ce n’est pas ce que j’appelle de la R&D productive. Ainsi, la hausse des prix médicaments génériques serait complètement inutile autant du côté de l’offre de produit, que de la R&D. La R&D nécessaire à produire un produit générique varie entre 1 et 5 millions de dollars au Canada et le coût de production des médicaments est généralement très bas par rapport à leurs prix.

En résumé

  • Une hausse du prix plafond peut inciter les compagnies pharmaceutiques à réacheminer des médicaments vers un pays à court terme et inciter à investir dans les infrastructures de production à long terme si des conditions optimales sont rencontrées (demande à long terme, brevet encore valide pour longtemps, capacité de ce procurer les ressources chez un fournisseur, avoir l’argent nécessaire pour l’investissement, lois en vigueur facilitantes).
  • Une hausse du prix plafond peut augmenter l’investissement en R&D à long terme des compagnies pharmaceutiques innovantes si cette hausse permet une augmentation de la marge de profit et non seulement un ajustement du prix pour tenir compte des coûts de production. L’augmentation de la R&D dépend d’autres facteurs que le prix comme la demande, la concurrence, l’argent disponible, les possibilités d’emprunt et de financement et le risque.
  • Une hausse de prix ne réglera pas les problèmes des compagnies pharmaceutiques innovantes qui doivent recommencer à développer de nouveaux médicaments qui ont une efficacité thérapeutique reconnue et une efficience économiquement démontrée

 

Conclusion : Retirer le prix plafond peut donc augmenter la quantité offerte à court et à long terme tandis qu’il peut augmenter la recherche et développement, mais plusieurs conditions sont nécessaires pour que ces belles promesses se concrétisent. Dans les conditions actuelles, je parierais plutôt sur la timidité des compagnies à réagir à une telle augmentation du prix.

Dans votre situation, je vous conseillerais d’opter pour la même stratégie que la Québec. Voici la stratégie en quelques mots :

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Premièrement, pour augmenter la R&D, offrez des déductions d’impôt très importantes aux compagnies innovantes. Pour augmenter la production à long terme, offrez de tout aussi juteuses réductions d’impôt.

Deuxièmement, pour augmenter la R&D, proposer un prix égal ou légèrement supérieur aux autres pays pour les médicaments innovants, mais demander une cible claire et précise du niveau de R&D attendu pour garder ces prix et également au niveau des approvisionnements en médicament.

Troisièmement, négocier des périodes d’exclusivité plus longue avec les compagnies pharmaceutiques leur permettant d’éviter la concurrence des génériques. Cette troisième politique publique séduira les compagnies pharmaceutiques. Par contre, il y a un coût, soit la démocratisation des médicaments par la production de copies génériques.

D’autres stratégies pourraient être considérées, mais ces dernières sont de bons points de départ.

Gabriel Tremblay, Économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 11 août 2010

Les partenariats public-privé (PPP) et l’analyse de la performance

Dernièrement, le vérificateur à analyser une étude sur les partenariats publics privés (PPP) et cette analyse à faite manchette étant donné les critiques nombreuses de la part du vérificateur. L’étude semblait indiquer que les PPP étaient viables en précisant certaines hypothèses et plusieurs contraintes à l’étude. Selon le vérificateur général, certaines des hypothèses pouvaient ne pas être cohérentes ou réalistes.

Le but de cet article n’est certainement pas de critiquer le vérificateur général. Par contre, ce dernier en en tentant de retourner les hypothèses contre le modèle, vient à la conclusion que le modèle public actuel serait probablement moins coûteux que le modèle de PPP. Il se peut fort bien que l’étude qui prouvait que les PPP étaient rentables soit faussée et invraisemblable, mais ceci ne prouve certainement pas que le modèle actuel de soin de santé soit supérieur.

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Je crois qu’il serait bien temps que des économistes sérieux se penchent sur le sujet pour éclaircir les impacts économiques des PPP. Des études partielles ont été menées pour le CHUM, mais une étude globalisante sur la pertinence de ce modèle doit être faite par des spécialistes.

De plus, il est fort difficile de déterminer quel modèle est le plus performant dans le système actuel, car le privé est difficilement accepté dans le secteur hospitalier et même, jusqu’à date, plutôt inexistant.

Comment comparer deux systèmes? Il est évident qu’il peut être difficile d’évaluer la performance économique d’un système qui n’existe pas, soit le système privé. C’est pourquoi des hypothèses économiques solides sont primordiales pour la crédibilité d’une étude potentielle, mais également pour s’assurer que les résultats sont cohérents avec la réalité. Donc il est difficile d’évaluer un système privé.

Qu’en est-il de la performance du système public? La totalité des soins de santé en hôpitaux est dispensée ou financée par le secteur public et si environ 70% des dépenses totales de santé sont financés par le gouvernement au Canada, incluant les médicaments. Où sont les résultats et les indices de comparaisons entre hôpitaux comme aux États-Unis et autres pays industrialisés? On a le classement des urgences, mais les urgences ne sont qu’une parcelle des soins.

Pourquoi en savons-nous si peu sur la performance de notre système? Bonne question, je vous laisse imaginer des raisons machiavéliques, pour ma part je considère que le manque d’intérêt pourrait être une cause. J’ai également une autre théorie. Lorsque l’on regarde quels sont les établissements qui font des évaluations de la performance, on se rend bien compte que ce sont les hôpitaux qui reçoivent le moins d’argent par patients. Ma propre théorie machiavélique est que la forte pression financière que subissent ces hôpitaux ou autres institutions les oblige à mieux gérer leurs argents. Un peu de pression financière, ça change pas le monde, sauf que!   

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Finalement, je dois vous avouer que les analyses de performance révèlent généralement de grands écarts de performances entre les établissements du réseau de la santé. Différents facteurs comme la taille de l’hôpital, spécialisé ou généraliste, en région ou en ville, population jeune ou plus âgée, population à faible revenu ou plus aisée, mais également le niveau de sévérité des cas des patients de l’établissement peuvent avoir un impact sur les performances de l’Hôpital. Heureusement, ces facteurs sont mesurables et l’on peut en tenir compte dans une analyse de performance. Malgré une les analyses économétriques ou autres qui prennent en compte ces différences, il est bien clair que beaucoup établissements ont beaucoup de chemin à faire pour obtenir une performance qui soit acceptable.

Alors, avant de tirer des pierres à des modèles que nous ne commençons qu’a explorer, il faudrait peut-être analyser la performance de notre modèle et l’améliorer. Certains commentateurs parlent de pérennité de notre modèle exemplaire. Je leur ferais remarquer que si la performance de nos établissements était améliorée à un point où les PPP ne pourraient plus compétitionner en terme d’efficacité, personne ne parlerait des PPP et l’argumentation serait close.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 9 juillet 2010

Les génériques à moitié prix au Québec

Déjà en 2006, la loi 102 Ontarienne avait permis au Québec d’abaisser le prix des génériques à 50% de celui des prix des produits de marque, maintenant il peut atteindre aussi peu que 25 % du prix des produits de marque. En fait, ce seuil est maintenant le prix maximal que l’assurance médicament publique du Québec va maintenant couvrir. Ce changement est drastique et va sauver pas moins de 164 millions de dollars à l’assureur public selon les estimations actuelles. Par contre, une hausse de la demande pour ces produits pourrait occasionner des économies encore plus substantielles.

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La diminution rapide des prix des génériques est possible grâce à la loi québécoise des prix minimums. Le Québec doit avoir, en tout temps, le prix public le plus bas de toutes les provinces canadiennes. Le ministre à donc plus de flexibilité et n’a donc pas trop de travail sur la planche, il ne fait qu’appliquer la loi.

J’ai récemment mené une étude qui concluait qu’une diminution du prix des génériques même beaucoup moins importante que celle annoncée par le gouvernement augmente significativement les parts de marché des produits génériques dans le marché. Ainsi, la demande risque de faire augmenter les économies de beaucoup plus que les estimations le prédisent. De plus, plusieurs médicaments de marque qui ont été des blockbusters des dernières années vont voir des copies génériques arrivées sur le marché dès que leurs brevets échouent, soit dans les prochains mois ou années. Par exemple, le Lipitor et le Plavix qui sont des médicaments très populaires vont être concurrencés de la sorte.

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L’économie est importante, mais occasionne des problèmes internes dans le marché de la production et de la distribution de médicament.  Premièrement, les compagnies génériques protestent et signent en menaçant de fermer des usines ou de diminuer la R&D en création de génériques. On parle ici de près de 5,000 emplois ce qui est très important. Par contre, le Québec à une politique de développement économique en pharmaceutique qui vise à générer de la recherche et développement et ces entreprises sont très favorisées de rester au Québec qui est la province en Amérique du Nord où les compagnies pharmaceutiques ont globalement les meilleurs déductions d’impôts et crédits de toutes sortes. Quitter le Québec serait donc une très mauvaise idée pour ces compagnies et je trouve cette menace très peu crédible. Une menace crédible en ce qui a trait aux compagnies de marque est le tranfert de la recherche et du développement dans les pays en voie de développement, mais les compagnies génériques ne vont certainement pas délocaliser leurs usines de production de médicaments étant donné les restrictions de production très strictes que leur impose Santé Canada.

Comme les économistes pharmaceutiques le répètent depuis plusieurs années, au Canada la réelle économie possible sur les médicaments se trouve dans les génériques et cette politique vise directement le gros des économies possibles. Il est difficile de diminuer plus le prix des médicaments innovateurs que le fait le PMPRB soit l’organisme qui s’occupe de limiter le prix des médicaments au Canada, car il faut quand même payer un prix raisonnable pour ces derniers pour encourager l’industrie, mais également l’innovation locale.

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Un autre problème interne généré par la loi est la rémunération des pharmaciens. Comme le prix des médicaments génériques chute de moitié, la rémunération des pharmaciens qui est en grande partie liée aux prix des médicaments, mais encore plus lorsqu’il s’agit des produits génériques est substantiellement réduite. Contrairement aux pharmaciens de l’Ontario, les pharmaciens du Québec semblent vouloir participer à la réforme et faire appel au gouvernement pour leur venir en aide, comme Jean Coutu lors de l’assemblée annuelle des actionnaires. Je crois que cette stratégie est largement plus intelligente que celle utilisée par les  compagnies ontariennes qui menacent de fermer des pharmacies et de militer farouchement. Les compagnies québécoises n’ont proféré aucune menace et ont probablement une plus grande chance de trouver une oreille attentive dans les ministères du Québec. L’aide aux pharmaciens pourrait facilement venir d’une modification des frais de dispense ou d’une augmentation des autres charges octroyées aux pharmaciens lorsqu’il prescrit des médicaments. 

Je donne donc un gros A+ à cette politique et félicite le ministre d’avoir suivi l’exemple de l’Ontario. Aucun effort politique ou médiatique de grande envergure ne fut nécessaire, cette politique étant très populiste, mais il a quand même fallu se tenir droit devant l’industrie générique.

Voir les autres articles sur le secteur pharmaceutique et les génériques

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Voci quelques types d’études qui sont utilisés en économie de la santé. D’autres utilisations que celles indiquées peuvent être faites. Ainsi, les utilisations que j’ai indiquées sont à titre indicatif et viennent de mon expérience à les utiliser et non de la définition réelle.

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Le « Data envelopment analysis » ou DEA est une méthode non paramétrique qui était à l’origine utilisée dans de multiples secteurs d’activités et qui sert aujourd’hui à analyser les performances financières et en terme de production dans le secteur de la santé (CJ, Hôpitaux…). Cette méthode permet d’évaluer la performance d’une institution dans un groupe donné avec un niveau de validité statistique et de professionnalisme très élevé. Cette méthode est l’une des plus efficaces pour évaluer les performances en santé à un niveau microéconomique. L’analyse de frontière efficiente est une méthode paramétrique qui est en concurrence avec la méthode de DEA. Cette dernière utilise des fonctions économétriques multi variables et permet d’évaluer la performance en évaluant à quel niveau de performance cet établissement devrait potentiellement se retrouver selon ces caractéristiques (nirru, population, taille…). L’analyse de frontière efficiente permet également une visualisation graphique des résultats ce qui permet une analyse rapide et précise des problématiques de performances. Ces deux techniques, quoique très différentes, permettent de bien évaluer les performances des établissements dans le secteur de la santé, mais également d’évaluer si des économies d’échelles sont possibles et où elles se retrouvent.

L’analyse par arbre de décision permet, avec de simples données patients sur une seule période, de déterminer la probabilité de chaque individu de se retrouver dans un niveau de sévérité prédéterminé selon ces caractéristiques sociales (sexe, âge…). Cette analyse est présentée sous forme d’arbre ce qui rend l’analyse fortement intuitive et visuelle. Ce type d’analyse est largement utilisé dans les analyses préliminaires.

L’analyse de Markov permet d’évaluer statistiquement la survie d’un individu et ces probabilités d’atteindre un niveau de sévérité ou un autre. Cette technique est particulièrement efficace lorsque des données de panel sont disponibles (des données cross-sectional au niveau patient, mais avec plusieurs périodes de temps). Ainsi, cette analyse permet d’estimer le niveau de sévérité des prochaines cohortes de patients ainsi que les coûts associés aux différents niveaux de sévérités. Cette méthode remplace l’analyse par arbre de décision de par son efficacité supérieure.

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Les analyses de survies sont un type d’étude qui sert à identifier les associations probabilistes entre différents facteurs sociaux ou économiques et les maladies pour une population donnée. En termes plus techniques, les différentes tendances sociomédicales peuvent être analysées et  les « patern » de soin peuvent être critiqués ou ajustés pour ces populations ciblées. Ce type d’étude permet ainsi d’évaluer si le financement pour un stade d’une maladie est cohérent avec les besoins de certaines sous-catégories de population. Ce type d’étude permet surtout de suivre l’évolution de ces associations et de ces probabilités dans le temps. Elles permettent de cibler des populations à risque ou des facteurs sociaux qui ont un impact sur le développement d’une maladie. 

Les analyses de séries temporelles sont un type d’analyse qui utilise le temps comme variable dépendante. Ce type d’analyse paramétrique est principalement utilisé pour prévoir les tendances du futur par rapport à certains enjeux de santé (vieillissement de la population, maladies contagieuses, tendance en cancer, tendance dans les maladies cardiaques, prévalence et incidence de toutes sortes)

Les analyses économétriques de données de panel ont deux utilités principales en santé. Premièrement, elles peuvent servir à évaluer l’impact d’une politique publique sur la santé des patients ou d’autres variables économiques ou sociales. Deuxièmement, elles peuvent servir à identifier la provenance des coûts liés à un patient, à une maladie ou à un type de traitement. L’avantage de cette analyse est la flexibilité de la méthodologie par rapport aux données nécessaires. Par contre, le niveau de complexité de ces analyses est souvent élevé même si l’application est plutôt simple.

Voir d’autres types d’analyses économiques

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 6 juillet 2010

La fable de la bonne et de la mauvaise taxe

 Je fais référence ici aux effets économiques des lois. Certaines lois ont des effets très néfastes tandis que d’autres ont des effets négatifs qui sont moins importants pour l’économie. En fait, ce titre est plutôt paradoxal, car une loi est une mauvaise chose en soi pour l’économie, car elle influence le comportement des individus en favorisant certains biens par rapport à d’autres (comportements d’investissement, de consommation et de production). C’est en fait une distorsion du prix qui peut être souhaitable dans certains cas très rares (taxe aux vices), mais globalement très destructrice.

Voir article sur les coûts de la taxation pour plus d’information

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Par contre, le gouvernement doit se financer et donc taxer et imposer les particuliers et les entreprises. Avec la libéralisation du commerce et les frontières de plus en plus faciles à traverser, la taxation aux entreprises est devenue de plus en plus contraignante et difficile à mettre en place. Cette dernière menace constamment les emplois, car les entreprises sont de plus en plus mobiles et flexibles. Les particuliers, quoique beaucoup plus flexibles et mobiles qu’il y a quelques années, ont plus des points d’attache et sont donc plus faciles à taxer que les compagnies. On doit donc taxer les particuliers, et de plus en plus proportionnellement au produit intérieur brut.

Je tiens ce discourt sur les taxes, car dans les derniers articles j’ai défendu une position qui soutenait que les taxes que le gouvernement actuel voulait mettre en place, soit la contribution générale à la santé et le ticket modérateur, était de mauvaise taxe.

Je soutiens toujours que ces taxes sont de mauvaises taxes pour tous leurs effets pervers potentiels sur les consommateurs, principalement sur les contribuables à faible revenu. Par contre, je me dois de mettre un bémol à ma position.

Voir l’article sur la contribution générale à la santé

Voir l’article sur les tickets modérateurs (tickets opérateurs)

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Il serait faut de penser que je suis totalement contre ces taxes. Malgré le fait que ce soit de mauvaises taxes, je préfère ces taxes à des taxes bien pires. Le gouvernement pourrait inventer, et ce dernier à une imagination très fertile c’est dernier temps, des taxes beaucoup plus dommageables pour l’économie. La contribution générale pour la santé et le ticket modérateur ont pour but de faire prendre conscience aux gens des coûts en santé et ce but est légitime et appréciable. Des coupures de services majeures ou des taxes pires n’auraient potentiellement qu’un effet destructeur sur l’économie en faisant fuir les entreprises visées ou autre.

Ainsi, en temps de crise budgétaire, des choix difficiles s’imposent à nous et de mauvaises taxes doivent être mises en place dans le but d’éviter un endettement perpétuel des générations futures et de notre génération, mais également des taxes bien pires pour les contribuables et les entreprises.

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Gabriel Tremblay, économiste de la santé

Comprendre le système économique et les interactions entre les agents économiques n’est pas une mince affaire, mais certains rappels des fondements de notre système permettent de mieux comprendre les politiques actuelles et celles qui ne sont pas envisageables.

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Notre système dont nous pouvons affirmer d’une manière raisonnable et éclairée est celui qui génère le plus de richesse pour la plus grande part de la population, soit le système capitaliste n’est plus réellement contesté que par des marginaux qui comprennent mal les interactions économiques. Il ne faut pas oublier que les systèmes de social-démocratie dont le Québec et la France s’inspirent pour certains de leurs programmes sociaux sont également des systèmes capitalismes. De plus, le capitalisme sauvage n’existe plus depuis plusieurs décennies. Le seul capitalisme sauvage que l’on peut retrouver est en Chine ou l’accumulation de capital devient une priorité par rapport aux populations. Le capitalisme doit être accompagné d’une démocratie pour s’assurer d’une croissance stable, d’une stabilité politique et d’une préservation du système. Ainsi, la démocratie est le meilleur moyen d’enrichir la classe pauvre, car elle lui offre un choix, soit un droit de vote et c’est dans ce droit de vote que la classe pauvre améliore sa condition.    

Ceci étant dit, notre système se base sur plusieurs principes pour préserver son système et éviter des changements de ce dernier. Premièrement, il y a la justice. Deuxièmement, il y a la sécurité et troisièmement il y a la liberté. La justice implique que vous êtes protégé par rapport à vos choix, tant qu’ils sont légaux. Ainsi, la force, la brutalité ou l’argent ne garantissent plus le pouvoir, car la justice peut mettre un frein aux choix qui ont des conséquences déraisonnables sur les autres agents économiques. La sécurité nationale ainsi que la sécurité des biens et de la personne sont également importantes pour que les individus aient intérêt à vivre dans ce pays, à y travailler et à y investir leurs avoirs. Ensuite, la liberté vient celer cet agencement de droit et devoir. Vous êtes libre tant que les droits des autres ne sont pas bafoués. Ce troisième principe est le plus important pour les économistes, car il fait référence aux libertés du commerce avec autrui, au droit de travailler  sur toute activité désignée comme légale peu importe sa condition sociale et au droit d’investir dans toute activité légale. De plus, comme disait Bastiat, les lois qui régissent ces libertés et ces droits doivent être raisonnables et logiques. Comme il disait, lorsque nous réfléchissons à cette loi nous devons nous dire : « il paraît très logique que ce soit une loi, car l’action dont la loi fait référence ressemble à un crime et devrait être puni par la loi »

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Quelles sont les répercussions du troisième principe, soit la liberté, sur les politiques publiques en santé? Prenons, l’exemple de la taxe sur la malbouffe et celle de la cigarette. Nous savons tous que la malbouffe, mais principalement la cigarette va mener ceux qui en consomment au cercueil bien avant les autres. Comment faire une politique publique ciblant ces deux types de vices. On pourrait interdire ces différents comportements. Très mauvaise idée, car non seulement ces décisions sont contre la charte de liberté, elles sont également juridiquement très difficile à interdire si ces actions ne nuisent pas aux droits des autres. Par contre, on peut les taxer et cette taxation s’appelle la taxe aux vices qui est déjà imposée sur la cigarette et sur l’alcool. Les interdictions et les politiques coercitives vont souvent à l’encontre de notre système de droits, de justice et de liberté.  Par contre, les taxes peuvent être favorables pour les coffres de l’état en plus d’amener une substitution de ce type de produit qui est dans sa consommation un vice.

Pour ceux qui se disent que l’interdiction est toujours valable, car le fait qu’une proportion de la population consomme trop de malbouffe leur coûte en soin de santé et que cette externalité sur leurs taxes est inacceptable, il faut vous rappeler l’état de droit dans lequel nous sommes. Si vous vouliez l’interdire, vous iriez à l’encontre de leurs droits. Si vous obligez ces gens à payer pour leurs soins de santé, car ils ont surconsommé des biens de vices, comment allez-vous être sûr qu’ils ont réellement exagéré. On revient au dilemme de la peine de mort. Une personne sur trente que vous allez condamner sera innocente et votre système en sera infâme pour autant que j’en sache. De plus, cette discrimination par le type (comme appelé en économie) est une discrimination au sens de la loi et au sens de la charte des droits.

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On ne peut donc pas discriminer par le type dans notre système public de santé, car notre système économique nous en protège. Il ne faut pas oublier qu’au Canada, ce type de politique serait interdit non seulement par la justice, le droit, mais également par le Health act.

Lorsque vous concevez une politique publique pour améliorer notre système et que vous tentez de la défendre en public, rappelez-vous de la constitution de notre système économique et vos idées de politiques en seront juste plus supportables. Peut-être personne ne vous a fait valoir ce type d’argument, mais une réflexion intense est nécessaire avant d’affirmer qu’une politique est raisonnable ou non.

  Finalement,

  1. Concevoir une pilitique publique demande diligence et connaissance des faits et réalités non seulement du secteur d’activité en particulier, mais également de la constitution de l’économie en générale
  2. Le droit, le justice, la sécurité et la liberté sont des fondements de notre système capitaliste et concevoir une politique publique qui ne respecte pas ces conditions élémentaires est futile
  3. Une surtaxation revient à une interdiction et peut amener une contrebande comme dans le cas de la cigarette. Il serait par contre étonant de voir de la contrebande de malbouffe

Voir article sur le “Health act” et l’équité en santé

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

En février de 2010, je publiais un article sur la comparaison des politiques de médicaments en Ontario et au Québec. Je mentionnais tout bonnement dans cet article la possibilité qu’a le gouvernement ontarien de négocier les prix avec les manufacturiers par des négociations secrètes. J’affirmais également que la raison pour laquelle le Québec ne suit pas cette voie est qu’au Québec le secteur économique des pharmaceutiques innovantes est beaucoup plus important par rapport à l’économie qu’en Ontario. Le ministre Bolduc a demandé récemment une enquête sur ces rabais. Je ne crois pas que le ministre et les fonctionnaires ne connaissaient pas la loi 102 ontarienne de 2006.

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J’étudie cette loi dans le but de publier un article là dessus depuis plus d’un an. L’information est très facile à trouver sur internet, car elle est publique. La seule chose qui n’est pas publique c’est le prix après négociation avec les manufacturiers. En tant qu’ancien travailleur de l’industrie pharmaceutique, je sais comme tous les travailleurs de ce secteur (au niveau stratégique) que les départements de “market access” s’efforcent de négocier avec “l’Ontario drug Benefit” depuis 4 ans déjà.

Cette nouvelle n’a donc rien de surprenant. En fait, la question principale est plutôt: est-il possible que personne ne fût au courant? Selon ma propre opinion, il est impossible que personne ne fût au courant des diverses ententes secrètes. L’une des conclusions de mon mémoire est que le Québec et les autres provinces canadiennes devraient utiliser ce jeu de pouvoir de marché (comme l’Ontario) pour négocier des prix et des listages plus intéressants. Il y aurait ainsi plusieurs gagnant à ce type de politique soit les consommateurs qui ont un plus grand choix, les médecins qui ont moins de restrictions à respecter, le gouvernement qui paie moins cher et les pharmaceutiques innovantes qui qui voient les portes du grand marché public plus ouvertes que jamais (40 % de la consommation de médicaments au Canada).  

La seule raison et potentiellement la bonne raison pour ne pas négocier les prix avec les compagnies pharmaceutiques est de vouloir préserver une industrie pharmaceutique innovante forte et présente au Québec. Au cours des années, le Québec s’est développé un créneau d’excellence dans ce secteur comme en témoigne la “Stratégie biopharmaceutique québécoise ” publiée en 2009 par le ministère du Développement économique. Selon cette même stratégie, le secteur pharmaceutique emploie 20,900 en 2009. Par contre, ce rapport ne distingue pas les emplois indirects qui peuvent représenter des dizaines de milliers d’emplois également. Il faut également savoir que le salaire moyen dans cette industrie est de 40% supérieur à celui des autres industries ce qui revient sous forme d’impôt au gouvernement.

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Un côté peut-être moins reluisant du secteur pharmaceutique est qu’il ne paie pas beaucoup d’impôt ou de taxes comparativement aux autres secteurs non subventionnés. Le Québec est le territoire qui subventionne le plus les entreprises pharmaceutiques sous forme de déduction d’impôt. Je crois personnellement que ce type de subvention est particulièrement rentable pour le Québec. Il ne faut pas croire que les entreprises ont de la chance de pourvoir s’installer sur notre territoire, mais plutôt que nous avons de la chance de voir des entreprises qui investissement autant en R&D et dans leurs employés s’installer chez nous. Il ne faut pas oublier que ces entreprises sont des multinationales qui fonctionnent uniquement en Anglais. Le Québec à donc cette barrière de langue, ce qui n’est pas nécessairement mauvais en soi, mais qui peut constituer une contrainte pour les entreprises étrangères. Nous trouvons donc notre rentabilité lorsque les individus sont taxés sur leurs revenus, qui sont plus élevés que la moyenne. Ces entreprises vont également avoir besoins de fournisseurs locaux, de consultants locaux et de services locaux. La présence de ces entreprises ainsi que les incitatifs fiscaux vont également encourager les chercheurs universitaires ou autres à innover et créer leurs propres entreprises biopharmaceutiques. Je crois que ces pôles économiques tout comme celui des jeux vidéo sont deux secteurs où le Québec a su démontrer sa capacité à innover en terme de politique fiscale, de vision de long terme et de développement économique.

Pour revenir à notre sujet du jour. L’une des principales conclusions de ce rapport sur les entreprises pharmaceutiques est qu’il faut payer un prix juste pour les produits de marque au Québec si l’on veut garder une industrie forte. Je crois que c’est vrai pour les produits qui viennent tout juste de sortir sur le marché et qui n’ont pas de copies génériques. Ce qui est encore plus important que de payer le bon prix, c’est de leur donner accès au marché. En ouvrant le marché à ces produits et en augmentant l’accès pour les gens les plus malades, nos malades vivent plus longtemps et les pharmaceutiques s’en tirent mieux. Contrairement à d’autres provinces, je crois que le conseil du médicament fait bien son travail au Québec en balançant bien l’aspect de l’accès aux médicaments, l’aspect économique et l’aspect thérapeutique. Ainsi, le type de négociation qui a lieu en Ontario pourrait augmenter l’accès à certains médicaments en jouant directement sur les ratios économiques. En diminuant le prix des médicaments, la compagnie présente un produit qui semble plus coût efficace comparativement à ces concurrents. Ainsi, le listage du produit au Québec pourrait être fait de la même manière et par le conseil du médicament (qui fusionne bientôt avec l’AETMIS). Il n’y a donc rien à changer sur cet aspect, selon mon humble avis.

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Pourquoi les négociations sont-elles secrètes? Plusieurs pourraient penser que cacher les nouveaux prix servirait à ne pas divulguer ces derniers aux concurrents. Cet aspect fait certainement partie de l’équation, mais il n’est pas le seul. Je crois que la principale raison de cacher les prix se trouve au sud de la frontière. Les États-Unis sont le plus grand marché de la planète et représente près de 50% de la consommation de médicaments. Ce marché est également celui où les médicaments sont les plus chers de toute la planète. Vendre des médicaments moins cher au Canada ça devient pratiquement du “Dumping“. Pour avoir un dumping efficace (exporter à prix moindre pour garder une situation monopolistique dans le grand marché), il faut absolument que le produit ne soit pas ré exportable. Il y a un risque pour que les Américains achètent leurs médicaments dans des pharmacies près des frontières pour ceux qui vivent près des frontières ou qu’ils les commandent par internet pour ceux au sud. L’étude Pharmafocus (IMS) de cette année a révélé que les achats par internet avaient diminué aux cours des dernières années, mais que l’achat transfrontalier était toujours présent. En fait, pour faire du bon dumping, il faut s’assurer de garder un marché étanche et monopolistique au sud de la frontière. Le problème est également le mécontentement généré par une telle mesure de dumping si proche en terme géographique, car le prix des médicaments est de beaucoup moins cher au Canada. Le mieux c’est de garder secret ces prix et donc d’éviter tout problème médiatique, de réputation ou d’actions politiques sévères.

  Finalement,

  1. Les ententes secrètes ont cours depuis 2006
  2. Cette stratégie de négociation avec les manufacturiers pourrait être avantageuse pour le Québec en s’assurant de garder une industrie pharmaceutique viable et innovante
  3. Encourager les biotechs et les multinationales pharmaceutiques permet de créer de la richesse pour le Québec
  4. Les prix secrets au Canada permettent aux entreprises de faire du “dumping économique”, soit de s’assurer un prix de monopole aux États-Unis en limitant l’approvisionnement au marché. 

J’ai déjà proposé d’autres types de politiques qui pourraient diminuer le prix des médicaments des marques tout en encourageant les compagnies pharmaceutiques dans des articles précédents. Voir section Économie pharmaceutique.

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

économie de la santé

Publié par : Gabriel Tremblay | 30 avril 2010

Les sources de données en économie de la santé

Voici un article sur les diverses sources d’informations et de données au Canada et au Québec pour les économistes de la santé.

Économie pharmaceutique

Les compagnies Brogan.inc et IMS sont les principales sources de données dans le secteur pharmaceutiques pour les économistes de la santé. Qu’on parle de volume de prescriptions, de prix sur les listes de médicaments, de points de ventes ou de données plus descriptives de toutes sortes, ces deux compagnies sont les expertes en ce domaine. IMS publie à chaque année le document Pharmafocus qui est très pertinent pour analyser ce secteur d’acvtivité. Plusieurs formations sont offertes par les deux compagnies qui peuvent être suivies dans le but de mieux comprendre les différentes banques de données qui sont très vastes et informatives.

L’association des manufacturiers de produits génériques ainsi que l’association des compagnies innovantes pharmaceutiques (Rx&D) sont également de très bonne source pour des statistiques descriptives et des informations concernant les défis de ce secteur. Le ministère du développement économique publie également des documents sur la politique de développement économique dans le secteur pharmaceutique qui peuvent être très pratiques. Le conseil du médicament et le CDR au niveau canadien sont également de bonne source pour connaître la législation au Canada concernant les médicaments.

L’agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS) peut avoir des information pertinente tant en ce qui a trait au pharmaceutique qu’a la santé en générale de même que le CADTH au niveau canadien. L’AETMIS sera bientôt fusionné au conseil du médicament du Québec.

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Économie de la santé

En plus des sources classiquse comme Statistique Canada (E-Stat, CANSIM, PCENSUS) qui publient des documents généraux sur la santé ainsi que des études  spécifiques particulières, plusieurs organismes ou ministères en publient également. Ainsi, le ministère de la santé, la RAMQ, l’institut de la statistique du Québec, le PMPRM (prix des médicament), l’Ontario drug benefit program (ODB) et durgcoverage.ca sont d’excellentes sources de base pour commencer une analyse. Des sources plus approfondies existent comme la banque de donnée Eco-Santé du gouvernement du Québec qui est très intéressante et poussée. D’autres sources plus approfondies pour les études économiques existent comme la banque de données du NICE. Pour les État-Unis il existe le Census américain. Pour les études cliniques il existe clinicaltrial.gov qui est un recensement obligatoire des études pour la FDA (Food and drud administration). Des recherches sur des sites comme MEDLINE servent généralement à identifier les articles importants pour les méta-analyses et autres revues de littérature.

Les sites spécifiques des associations de malades sont souvent très utiles pour déterminer l’incidence ou la prévalence ainsi que les études aggrégése du gouvernement du Canada. Il peut être pertinent d’utiliser des données spécifiques à une province pour en analyser une autre et donc des documents produits par les provinces ou instituts provinciaux peuvent être utiles. Par contre, il faut prouver que les deux populations sont semblable en terme global ce qui peut-être plus ardue.

voir l’article sur les unités des mesures

Gabriel Tremblay, économiste de la santé

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